Défilés automne hiver 2008-2009 à New York

La première fashion week vient de s'achever. Elle nous a livré sa vision des lignes esthétiques qui devraient - selon elle ? s'imposer une fois l'hiver venu. Cependant, il faudra attendre Londres, Milan et surtout Paris pour déterminer les véritables points forts de la saison prochaine. Néanmoins, outre-Atlantique, il se dessine déjà quelques tendances fortes, reste à savoir si elles dénotent de l'épiphénomène ou de l'incontournable…

Pléthore de gris bitume, de monochrome noir, de camaïeu fumé... Les couleurs vitaminées de l'hiver dernier s'en sont allées, cédant la place à une atmosphère sérieuse, parfois rétro, un rien gentleman, légèrement casual et de temps à autre illuminée par un bouquet hippisant ou par un passage bouton-d'or. Fausse rigueur, tailoring détourné, et féminité entre preppy, nymphette et Mata Hari, les défilés new-yorkais ont, comme à leur habitude, proposé un ensemble aux troubles de l'humeur avérés, les talents émergents y jouxtant les conformistes. À nous d'en extraire les pépites...


Vestiaire masculin

Défilés New York

La femme de l'hiver prochain ne se veut ni garçon manqué, ni féministe de la première heure, elle a juste décidé de profiter de l'élégance inhérente aux pièces composant la garde-robe masculine. En leur additionnant, selon ses envies, une pointe de loose, de chic ou de minimalisme, elle s'approprie ces vêtements d'un autre sexe, et les fait naturellement siens.

  • Chez Alexander Wang, c'est une New-Yorkaise des bas-fonds de Big Apple qui sillonne le podium. Blafarde, grisonnante, elle semble émerger d'une sorte d'apocalypse urbaine d'où elle a simplement pu sauver de quoi se vêtir. C'est ainsi qu'elle déambule à demi vêtue et réchauffée par une veste d'homme subtilement oversize. Cette dernière, retroussée sur les bras, associée à du loose et des collants opaques, habille plus que de coutume une jeune femme qui réécrit le dress code de la veste.
  • Pour Max Azria, la veste de costume devient micro robe. Il en pare une working girl pressée, qui n'hésite pas à jouer de son sex appeal en détournant les atours de son amant. Aussi apprêtée qu'en fourreau, elle confère à cette veste revisitée un glamour certain.
  • Rigueur et sobriété sont à l'œuvre chez Calvin Klein. Recouverte d'un blazer/pardessus, la modèle se grime en un homme qu'elle n'est pas. On regrette le manque de subtilité et la trop grande rigidité que Calvin Klein appose à son masculin/féminin.

Au final, doit-on s'approprier la veste d'homme ? Oui, mais à la Alexander Wang, avec ce qu'il faut de jeunesse, de style et de rock and roll pour en faire un attribut racé et non caricatural, entre Kurt Cobain et lord anglais.


Défilés New York

La veste n'est pas le seul élément à avoir charmé les stylistes new-yorkais. En effet, le veston - mais aussi le pantalon large - fait partie de ces emprunts à un tailoring masculin remastérisé qui servent une nouvelle séduction, où le charme vaut bien plus que le sexy.

  • Diane Von Furstenberg s'immerge dans les années 40, afin d'en extraire des costumes masculins faciles à vivre, furieusement chic et curieusement en phase avec nos envies du moment.
  • Marc Jacobs, quant à lui, joue l'oversize. En villégiature dans les Hampton, sa belle se dissimule derrière des volumes conjuguant élégance et sportswear Onassis. Le xxl en overall en deviendrait presque racé, mais son minimalisme peu attirant aura assurément beaucoup de mal à infuser l'univers de la fashionista.
  • Le duo Proenza Schouler est parvenu à créer une pièce parfaitement désirable, qui se mixera sans problème à un dressing féminin et urbain. Large, mais évitant le flou pachydermique, il se veut "navy guy", injectant une dose de testostérone à un look hype et finement pailleté.

Le pantalon large, invité de marque de la prochaine saison, devra savoir mixer dans son accessoirisation volumes et matières afin d'être plus néo que passéiste, plus flatteur que dissimulateur.


Années 40

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Outre les costumes masculins résiduels de la période prohibition, ce sont les petits tailleurs emblématiques des années 40 qui ont déferlé sur la fashion week new-yorkaise, imposant au passage une sage longueur de jupe et une féminité maîtrisée (qui n'est pas sans rappeler celle de Lauren Bacall dans « Le port de l'angoisse »).

  • Avec Diane Von Furstenberg, on frôle la citation, le costume de scène et la rétrospective, mais cela est fait avec une telle grâce que l'on passe outre ce retour en arrière. Bibi, chevelure ondulée, vestes de tweed, bottines lacées et combinaisons soyeuses cintrées par de fines ceintures de cuir transposent la Berlinoise de 1940 dans un espace-temps en marge des conflits européens, la faisant flirter avec un style rétro-actuel, daté mais pas obsolète.
  • Autant DVF insufflait un peu de féminité séductrice à ses modèles Forties, autant Rag & Bone et Bill Blass adoptent un ton quasi monacal pour traiter le même sujet, entre camaïeu de gris et cheveux tirés en arrière. L'un fait de sa muse une pensionnaire en permission, tandis que l'autre la transforme en une créature ambiguë, qui parait se servir de son apparence sage pour faire ressortir son tempérament dominateur.

La jupe à godets arrivant aux genoux est donc en odeur de sainteté fashion. Attention néanmoins au total look frigide qui pourrait aseptiser les plus enthousiastes des modeuses. On la pense donc avec un soupçon de liberté fantaisiste, et on oublie les déclinaisons de gris.


Preppy Girly

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On sentait que les inspirations preppy school allaient donner naissance à un vestiaire finement estudiantin. Cependant, nous n'avions pas soupçonné que ce dernier se teinterait d'une douceur acidulée, composant ainsi une silhouette girly casual, plus lolita sporty que Cercle des poètes disparus. Que se soit DKNY, Malo ou Marc by Marc Jacobs, chacun a humé dans l'air du temps les mêmes volumes amples permettant de renouveler le genre "jeune fille en fleurs".

  • Pour DKNY, c'est la collégienne made in US qui, s'inspirant d'une romance à Love Story, associe tartan, jaune moutarde et bonnet cosy à des coupes à la fois amples et courtes, formant ainsi un ensemble mutin et politiquement correct.
  • Avec Malo, l'écolière prend la poudre d'escampette, transformant son look sage à coups de longs gants de cuir, de mohairs voluptueux et de cloche street touch'. Toujours aussi fraîche, elle n'en est pas moins ultra urbanwear et plus up-to-date que jamais.
  • Chez la ligne bis de Marc Jacobs, c'est un petit chaperon bleu des villes qui, sous sa cape sporty et ses bottines sanglées, joue un double jeu : celui de la fausse ingénue espiègle, bien plus femme que ce que l'on pourrait supposer.

La ligne de cette néo silhouette est à copier et à plébisciter. Car la micro jupe ample y gagne en establishment, tout en titillant des ensembles larges et loose, plus casual que sexy.


Long hivernal : bohême warmy

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Le long, le très long fera ses classes cet été et, après avoir sublimé les aoûtiennes, tentera de perdurer sous les frimas de novembre. Pour cela, les designers revisitent le genre, en lui retirant la connotation "grand soir" qui accompagne souvent les tombés longuissimes, et en lui apposant ce qu'il faut d'accessoirisation cosy, afin de le faire pénétrer au sein d'un vestiaire du quotidien.

  • Erin Fetherston fait accéder sa fée Morgane à la réalité fashion, en réchauffant ses mousselines de chaleureux gilets et bonnets de laine, permettant ainsi à un fourreau évanescent de prendre ses quartiers d'hiver.
  • Matthew Williamson propose un duo parka/robe longue qui figure d'ores et déjà parmi les musts à adopter. La poésie romantique d'une toilette finement fleurie, et patinée par le "roots" d'une veste army, emmène cette silhouette vers des cieux fashion où la féminité d'un autre siècle côtoie celle d'aujourd'hui. Entre mix et désacralisation, Williamson offre aux modeuses une réelle possibilité d'arborer la robe longue en hiver.
  • Si l'on est moins transporté par le graphisme ultra violet hippisant d'Anna Sui, on note néanmoins la découpe innovante de son modèle. Ce dernier associe longueur et praticité, permettant ainsi d'éviter de s'emberlificoter les escarpins dans les chutes de tissus.

En dépit du fait qu'il faudra apprendre à évoluer entourée de voiles frôlant le sol (nous avons tout l'été pour cela), on ne peut que plébisciter le retour à une féminité subtile, emprunte de romance et s'extrayant sans difficulté des romans de Stendhal, grâce à des pièces ultras contemporaines qui auront le bon goût de lui apporter une touche de casualness.


Bleu Klein et bouton d'or

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Les podiums new-yorkais n'ont pas offert de folles envolées picturales. Les teintes sages, voire strictes et sévères, dominent le paysage. Cependant, deux couleurs parviennent à éclairer de temps à autre la palette des designers. Le bleu Klein (parmi d'autres) investit ainsi bon nombre de pièces, tandis que le jaune moutarde, qui sied si bien au gris encore de saison, apporte ce qu'il faut de lumière à des looks parfois proches de l'anémie.

  • Le bleu, comme notamment chez Phillip Lim, se souvient de ses origines navy et se pare d'une certaine rigidité. Il n'est donc pas étonnant qu'il soit associé à des blazers revisités et à des vestes d'homme un rien oversizes. Chez d'autres, le bleu se porte en all over, mais lorsqu'il se veut lumineux à la Klein, c'est sur de petites pièces qu'il se pose, modernisant à lui seul le look dont il fait partie.
  • Le jaune, quant à lui, accompagne les non-couleurs de l'hiver - telles que le gris et le noir ? tout en modernisant l'ensemble. Cependant, on le retrouve également en total look, non pas flashy mais en version automnale agrémentée de reflets cuivrés.

Le jaune et le bleu sont les teintes qui accompagnent les imprimés de l'hiver, modernisant certains ensembles et s'affirmant comme étant incontournables, tout du moins chez les New-Yorkais.


En plus des grandes lignes perçues lors de cette semaine de la mode, on note que les imprimés floraux n'ont pas dit leur dernier mot, que la fourrure se veut décomplexée (parant les looks les plus jeunes) et que les couleurs auraient envie de se porter en monochrome... Néanmoins, les tendances esquissées sur le sol américain demandent confirmation, et seront complétées - ou infirmées - par la suite des événements...

©photo : Vogue

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Par Lise Huret, le 12 février 2008 dans Défilés
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Il y a 3 ans - 8
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15 commentaires
Tous les commentaires
RéjaneIl y a 8 ans
J'aime beaucoup l'idée de prendre des éléments dans le vestiaire masculin,je trouve que ça donne de l'élégance a une tenue.
En ce qui concerne l'association Parka+longue robe fleurie,j'adore !
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IoanaIl y a 8 ans
Bonsoir Coco!
Je me demande s'il n'y a pas une légère erreur au niveau du look masculin, en ce qui concerne les pantalons et les vestons larges. Je dirais que la description des tenues Marc Jacobs correspond plutôt à l'image montrant le défilé Proenza Schouler et inversement.
Parce que si ce n'est pas le cas, ce sera le look PS que l'on aura du mal à intégrer dans notre quotidien.
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CocoIl y a 8 ans
Ioana > Bien vu ! C'est modifié.
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izzieIl y a 8 ans
merci pour cet article très complet! j'ai une petite préférence pour le look prep school!
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SissiIl y a 8 ans
Le jean blanc slim ou large ? coton ou satin ? est un incortournable pour l'été 2008 ? Merci
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annaIl y a 8 ans
merci Coco pour ce beau résumé
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geraldineIl y a 8 ans
je trouve que l'hiver 2008 sera triste dans ses tons de gris meme si le bleu keil et le jaune gardent une tendance encore... J'aime beaucoup en revanche le look écolière de DKNY, quand seont les prochains défilé de PARIS Et comment peut-on y être invitée????
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PhoebeIl y a 8 ans
J'adore le Preppy Girly et le Bouton d'or. Merci pour tes infos.
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LorieIl y a 8 ans
Une vrai mine d'or et si bien expliquée ! Merci Coco
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denisaIl y a 8 ans
j adore la mode avec pantalons larges et vestes masculines . C est super bien a porter et super cool. Bravo au 3 createurs (les " photos avec pantalons ) c est vraiment ce que je veut . D ailleurs je suis toujours un temps d avance et je suis deja comme ca. Youpeeeee
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ashleyIl y a 8 ans
slt jador ce style c tres bo i love ny
ps sophia si tu regarde ce com bisou
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yassineIl y a 8 ans
ce défilé de mode est vrement trés interressent
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angelineIl y a 8 ans
moi aussi je porte masculin depuis l annee derniere ;le probleme cest que je sui toujours en avance et dons decalee par rapport aux autres . Suis artiste; bon ensuite cette annee decalee pour vous je vois du rose pastel un retour au romantisme nord fuméé le flou maquillage yeux grises levres roses pales et beaucoup de bleu pale de rose pale du jaune des gants des echarpes avec des oiseux des fleurs un retour du romantisme style haut du hurlevent et marie antoinette croises . bye
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pirouIl y a 8 ans
moi je suis folle mais quand je porte les slims c le pantalon ou je trouve la confortabilité wééééé c vrai car j ai 13 ans et j ai 1.70 c porquoi les slims me conviennent
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pluieIl y a 8 ans
si vous faite un exposé sur la semaine de la mode, vous y metteriez quoi???

et si vous devé dire si on peu reconnaître un new yorkais, vous décriveriez qoui??? mereci


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