Défilés printemps/été 2009 à New York

New York vient de nous livrer sa vision de l'été prochain. Entre douceur pastelle, épure et réminiscences eighties, chaque collection a écrit sa propre partition. Cependant, grâce à ce que l'on nomme "air du temps"?, certains points forts et détails communs se sont entrelacés afin de composer les premières tendances de notre futur estival…

Il s'est dégagé de cette fashion new-yorkaise une énergie positive qui, sans bousculer les codes, a cependant flatté l'oeil du spectateur et la silhouette des modeuses.... Que ce soit en développant des mix d'imprimés kaléidoscopiques, en transformant la New-Yorkaise underground d'hier en une Californienne grunge up-to-date, en réhabilitant le liberty version Ingalls, en concevant une pléthore de micro robes sexy ou en faisant du drapé l'effet matière de la saison, New York fut le creuset de quelques tendances à suivre de près.


Nombril impudique

Défilés printemps/été 2009 à New York

Il aura fallu un peu moins de 20 ans pour que le look de Madonna exposant son nombril trouve grâce aux yeux des stylistes, et pour qu'ils osent nous le proposer comme l'un des thèmes forts de l'été prochain. Il faut dire que ceux qui s'y sont risqués font partie de la jeune garde new-yorkaise, qui n'a pas vécu de plein fouet la mode quelque peu inesthétique des eighties/nineties...

  • C'est ainsi qu'Alexander Wang, qui avant de concevoir une collection s'enquiert toujours des envies de sa tribu de collaboratrices, a comblé leurs désirs en faisant de notre ceinture abdominale le nombril de sa collection. Inspirée de la jeunesse street californienne, le tee-shirt basic coupé court dévoile ainsi un ventre sportif, à peine gainé par un short taille haute. Allure décontractée donc pour cette muse urbaine qui, n'ayant que faire des clichés, préfère faire twister son éternel uniforme denim/jersey de coton grâce à une coupe délibérément fun afin d'exposer sa plastique de rêve.
  • Pour le duo Proenza Schouler, le discours se veut moins léger et plus glamour rock, à la manière d'une Jerry Hall au sommet de sa gloire. Dominatrice, en soutien-gorge de cuir amélioré, cette silhouette en provenance directe des années 90 assume un sex appeal fort, qui assure le show sur un podium mais qui dans la réalité risque de s'égarer vers les affres de la vulgarité.
  • Avec Thakoon, le concept "ventre à l'air" se veut plus léger, tout en refusant le 100% casual . En effet, si la jupe de voile se pose négligemment sur les hanches, le micro bustier arbore un imprimé léopard plus propice aux parties huppées qu'à une ballade sur la jetée....

"To be or not to be" telle pourrait être la question de l'été prochain. Car qu'on le veuille ou non, les "it" fashion girls se feront un plaisir d'ériger cette nouvelle longueur de top comme l'une de leurs tendances phare. Il ne nous reste donc plus qu'à peaufiner nos abdos afin de ne pas nous retrouver le moment venu incapable de succomber à la mouvance pour cause de ventre molletonné aux Ferrero Rocher... Et si la morphologie suit - à savoir ressembler de près à Erin Wasson - c'est évidemment du look d'Alexander Wang dont il faudra s'inspirer.


Des paillettes... il faut que ça brille !

Défilés printemps/été 2009 à New York

Entre le jour et la nuit, les barrières ont bel et bien disparu. Il faut dire que depuis le sacre de la pochette en it bag, il est de bon ton de transposer des atours auparavant réservés à la "night fever" vers l'univers plus policé de la journée. C'est ainsi que les sequins et autres brillants - plus habitués à briller en Armani qu'à perler nos basics - investissent nos tenues estivales.

  • Pour l'occasion, Phillip Lim revisite le désormais traditionnel blazer loose. Ce dernier, entièrement brodé de sequins argentés, se veut diablement chic. Tout en en évitant l'effet boule à facettes, il impose à ce néo smoking une touche de glitter qui fonctionne à merveille avec l'allure faussement classique que le styliste plébiscite.
  • Jamais totalement grunge, l'allure Alexander Wang possède cette alchimie de matières et de coupes qui a permis au créateur d'ériger un nouveau style urbain. Il parvient ainsi à conférer au total look charbon une vitalité très actuelle en associant mini jupe brodée de sequins, top travaillé en transparence et blazer retroussé aux manches, ce dernier patinant intelligemment l'ensemble.
  • Diane Von Furstenberg quant à elle offre à sa naïade un bermuda évoquant la chute d'écailles d'une créature amphibie. Ici, la brillance s'offre une après-midi sur les jambes fuselées de la jeunesse dorée. Ainsi, point de rock and roll pour toile de fond à ce bermuda de sirène, mais une ambiance jet set de bonne famille, "Healthy and Wealthy".

Les paillettes étant d'ores et déjà traquées dans les friperies parisiennes, on ne peut donc que confirmer l'accentuation de la tendance lors du retour des beaux jours. On note par ailleurs qu'afin d'être au mieux de leurs possibilités, elles s'associent toujours à des matières casual...


Mix total

Défilés printemps/été 2009 à New York

Est-ce le succès des dernières collections de Dries Van Noten qui a poussé les couturiers à s'aventurer vers des "mix and match?? osés ? Quoi qu'il en soit, toutes les règles visant à régenter les associations de couleurs et le bon usage des imprimés ont définitivement volé en éclat...

  • Anna Sui choisit de puiser dans le patrimoine sud-américain pour composer des ensembles ton sur ton aux imprimés bigarrés. Associant sur une même tenue madras, liberty et motifs primaires (le tout chargé de nombreux bijoux), elle fait vibrer la saison d'un optimisme chatoyant.
  • Toute de lurex vêtue, la belle de Marc Jacobs mixe également à tout va différents imprimés qui composent un ensemble pertinent, évoquant l'élégance innée de certaines peuplades africaines. Accessoirisée à outrance en bibi, minaudière et lunettes fumées, la silhouette Marc Jacobs - oscillant entre ethnique, rétro et délire kaléidoscopiques - est assurément l'un des points forts de la fashion week.
  • De son côté, Thakoon interprète le thème de la jeune fille en fleur en lui ajoutant une dose de rebelle attitude. L'association des imprimés à dominante rouge évoque ainsi davantage une muse de Rei Kawakubo qu'une demoiselle gentiment champêtre. On note le parti pris délibéré de mélanger des motifs qui à priori n'étaient guère propices à se rencontrer...

Le message est clair : afin de déroger au total look nude qui sera fortement en vogue l'été prochain, nous sommes autorisées à nous prendre pour Man Ray en composant quelques cadavres exquis tout en couleur.


Bleu/Orange

Défilés printemps/été 2009 à New York

Le bleu est plus que jamais en tête du hit-parade des couleurs. Qu'il soit pétrole, électrique, cyan ou outremer, il s'impose comme l'une des teintes indispensables à notre été 2009. Il en va de même pour l'orange : dopé à la vitamine C, ce dernier se porte sans concessions, en plébiscitant le all over.

  • Chez DVF et DKNY, le bleu monopolise l'attention. Que ce soit en sarouel satiné (volant la vedette à un top multicolore) ou en micro robe sportswear, la teinte préférée d'Yves Klein s'est studieusement remise à ses cahiers de vacances en se déclinant dans tous les styles et pour tous les goûts.
  • Quant à l'orange, il tente de surpasser - le temps d'une saison - la suprématie de la petite robe noire en habillant de percutantes petites robes. Max Azria le pense ainsi ultra glamour en profond décolleté bénitier, tandis que DVF l'imagine plus sobre sur des toilettes casual/chic dont elle a le secret.

Ces couleurs se portent donc clairement en pièces fortes, même s'il faut faire attention à l'accessoirisation. En effet, on choisira pour les accessoires du sobre et du light afin de ne pas saturer une silhouette déjà fortement pigmentée...


Total look nude

Défilés printemps/été 2009 à New York

Si certains podiums se sont laissés entraînés par une déferlante florale chamarrée, d'autres - et ils sont nombreux - ont jugé que l'avenir méritait des collections empruntes de douceur opaline, de féminité fragile et de non couleur apaisante. C'est ainsi que le beige rosé, le poudré nacré et l'ivoire virginal ont composé des silhouettes diaphanes, s'imposant d'ores et déjà comme des repères forts de l'été prochain.

  • Chez PHI, le total look nude ne signifie pas pour autant absence de relief et de fantaisie. C'est ainsi qu'en travaillant le monochrome blanc en volumes, jeux de matières (rappelant la lingerie) et découpes sportswear, la maison a su captiver son assistance. On apprécie que la délicatesse de l'ensemble se mêle à une touche de minimalisme, entraînant le tout vers une évidente modernité.
  • Derek Lam quant à lui compose son beige irisé à base de sequins couleur peau et bronze, révélant ainsi le potentiel chicissime de cette couleur trop souvent jugée fade et sans intérêt. Miroitant au grès de l'éclairage, cette élégante robe de cocktail déjoue les codes classiques en offrant aux belles socialites une alternative osée à la petite robe noire.
  • Véritable quintessence de l'exercice de style chez Rodarte, où la teinte crème n'est plus qu'un prétexte afin de renforcer une silhouette extrêmement forte. Il est vrai que l'association du bustier lacéré avec une jupe plissée et une paire de collants néo résille gagne en clarté lorsqu'il est décliné en non couleur. Par ailleurs, utiliser une teinte doucereuse pour un look presque goth' patine ce dernier, le rendant pointu, mode et désirable.

Autrement dit, on ose la palette poudrée/beige/blanc, à condition de faire vivre l'ensemble par des choix de matière audacieux, le but étant d'illuminer des teintes parfois un rien trop mat pour nous sublimer.


Néo drapé

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Quasiment pas une présentation où il ne soit présent, et pourtant l'invité-surprise de cette fashion week n'a rien de novateur. En prise directe avec les us et coutumes de l'antiquité et parfaitement réinterprété par Madeleine Vionnet, le drapé ose néanmoins la comparaison avec le passé... Et si la notion d'intemporel se cachait dans ses plis multiples ? Et si dans sa chute féminissime se trouvait l'équation de l'élégance éternelle ? Seul le drapé peut susciter ce type d'interrogations, tant sa nature semble en harmonie avec l'époque qu'il sublime.

  • Chez Marc Jacobs, c'est un fourreau rosé - rendant hommage aux toilettes d'apparat de Grace Kelly - qui drape au plus près la silhouette hiératique imaginée pour la clôture du show. Que ce soit en 1953 ou en 2009, le drapé reste incontestablement la pierre angulaire d'une allure majestueuse.
  • Si Marc Jacobs conjugue son drapé pour les tapis rouges de ce monde, ce n'est guère le cas de Donna Karan et d'Helmut Lang, qui en ont saisi l'essentiel. Ils utilisent ainsi le pouvoir d'élégance niché entre ses plis, afin de le réinjecter dans un vestiaire urbain, à porter au quotidien.

Accompagnées d'une pièce drapée, les tenues les plus sobres - voire les plus casual - gagnent en style. Il est vrai que le drapé d'une étoffe se suffit à lui-même pour dérider une silhouette un rien trop fade ou classique.


Satin

Défilés printemps/été 2009 à New York

Si le "nude?? est la tonalité de New York et le drapé son effet matière, le satin sera assurément son tissu. Désacralisé, quittant nuisettes, parures de lit et fourreaux sexy, ce dernier épouse les pavés, conférant aux uniformes urbains de l'été à venir une sophistication toute nouvelle.

  • Apparaissant comme sculptées dans les airs, les créations Calvin Klein imposent au satin une épure quasi conceptuelle, hissant la matière au premier rang. À l'image d'un origami de luxe, ces petites robes de cocktail brillent par leur minimalisme haut de gamme.
  • De leur côté, les naïades dorées de DVF réveillent la sensualité du satin en jouant sur les drapés, les décolletés bénitiers, la taille haute d'un jodhpur et le moiré des couleurs. Elles transposent ainsi une tenue somme toute relativement sage dans un univers suggestif, où la séduction se veut citadine.
  • Enfin, les Proenza Schouler ont apparemment décidé de mettre à mal la trop galvaudée notion de glamour. Ils s'essaient ainsi à une association satin/daim qui n'a cependant guère d'espérance de vie hors podium. Tant mieux ?

Si la petite robe à la CK sera à privilégier pour les futurs vernissages de juin, les ensembles satin sont à exclure si on possède un minimum de couche adipeuse, car ceux-ci ne pardonnent rien. Par contre, il peut être intéressant de mixer un jodhpur satiné à un tee-shirt coupé court (Alexander Wang), rehaussé de sandales outrageusement compensées (Rodarte), le tout dans une belle nuance poudrée... Si cela vous semble faisable, c'est que vous êtes sur la bonne voie...


On retiendra également ces quelques points - moins marquants - en attendant de les voir confirmés lors des prochaines fashion weeks :

  • La taille haute cohabite avec la taille basse
  • Les épaulettes récidivent et tentent encore de s'imposer (Marc Jacobs, Proenza Schouler)
  • L'imprimé liberty surfe sur la vague Boho (DVF, 3.1 Phillip Lim, Marc by Marc Jacobs)
  • Le tandem short/blazer reste un duo de choc
  • Les micro-robes stretch très années 80 font leur réapparition (Alexander Wang, DKNY, Hervé Léger)
  • À en croire Marc Jacobs, le "it?? bag de l'été est un sac à dos
  • La combinaison loose en inspire encore certains (DKNY, Marc by Marc Jacobs, Derek Lam)
  • Les épaules se dévoilent de manière asymétrique
  • Les pantalons deviennent un curieux mix entre jodhpurs, pantalon carotte et sarouel
  • Les colliers se portent au travers du corps
  • Le look Hampton 100% yankee reste une valeur sûre outre-Atlantique

©photo : Vogue
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Par Lise Huret, le 16 septembre 2008 dans Défilés
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Il y a 3 ans - 8
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8 commentaires
Tous les commentaires
SandraIl y a 8 ans
Enorme cette analyse... c'est vraiment super intéressant, merci à toi :)
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Manu Prince SIl y a 8 ans
Hé bien si avec ça y en a qui se ramène au printemps prochain avec un look imrpobable, il n'aura pas d'excuse !
Bravo !
;)
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CocoIl y a 8 ans
Manu prince s : Si ça te plaît je suis rassurée :) Allez maintenant direction London :)
Sandra : Merci beaucoup :)
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Joli félinIl y a 8 ans
Belle analyse; ^^
Il y a des tendances plus qu'attirantes dans tout cela, vivement l'été prochain!


Mais je ne sais pas pourquoi New York m'a un peu laissé sur ma faim.

Et j'ai l'impression ne pas être le seul. J'ai lu que rares étaient les défilés qui ont déclenché une véritable admiration et des phrases du genre "Il y a trop de vêtements" ( AM New york) ou "Une superbe façade mais pas d'éblouissement" en titre du New York Times, renforce un peu cette idée.

Mais bon avec la situation actuelle aux Etats-unis, je ne suis pas surpris qu'il soit délicat de provoquer un véritable raz-de-marée stylistique sur les podium.

En espèrant que Londres continue d'apporter son lot de surprises ^^
Merci Coco pour ces analyses.
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just for youIl y a 8 ans
vivement l'été prochain, merci coco pour cet article et a bientôt à londres....
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Tendance-ModeuseIl y a 8 ans
Moi aussi je suis restée sur ma faim avec New York..
Et pour les tendances à venir, j'attends surtout de voir ce que Milan et Paris nous réservent!
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CocoIl y a 8 ans
Je suis bien d'accord avec vous : Pas de grand frisson du côté de New York, et à Londres Giles, Kane et Paul Smith n'ont pas non plus sorti le grand jeu... A suivre donc :)
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b2chooIl y a 8 ans
Ck, j'adore c'est jouissif, j'adore!!!!!!
la robe Mj drapé, parfait.........
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