Défilés Automne/hiver 2009-2010 à Paris

Une fois de plus, la capitale de la mode n'a pas failli à sa réputation. Paris est en effet resté égal à lui-même, délivrant des défilés dans l'air du temps, pétris d'excellence et de subtilité. Cependant, la donne a légèrement changé : alors que par le passé les nouvelles tendances affluaient en nombre, ce sont des collections plus intemporelles, axées sur la notion de prêt-à-porter et férues d'innovations discrètes que nous ont livrés les maestros parisiens…

Cette saison, on assiste ainsi davantage à la matérialisation de différentes visions de la femme qu'à une pléthore de nouveaux "it" à adopter. Certes, quelques tendances viendront au final pointer le bout de leurs cuissardes, cependant, en ces temps de bouleversements économiques, ce sont les partis pris - sortes de manifestes esthétiques - qui prennent le pas sur l'accessoire, en donnant les clefs de l'attitude fashionnement correcte à adopter en 2010.


Invitation au voyage

Défilés 2010 - Paris

Il y a tout d'abord ceux qui, face aux désillusions financières à la Madoff, ont décidé de s'évader, de puiser leur inspiration dans un ailleurs plus clément, porteur d'exotisme et de dépaysement.

  • Chez Hermès, Jean Paul Gaultier voue sa présentation à l'aviatrice américaine Amelia Earhart, symbole d'émancipation, de liberté et d'aventure. Il propose aux citadines de prendre le large en combinaison d'aviateur délicieusement repensée en cuir ou soie moirée. Entre sportswear, élégance années 20 et luxe des matières, la collection s'envole vers les sommets du rétro, le tout remastérisé avec subtilité et intelligence.
  • Chez Dior, John Galliano invite également au voyage dans le temps en plongeant sa Parisienne au cœur des lubies orientalistes d'un Paul Poiret. Pour ce faire, le styliste déploie une débauche d'étoffes précieuses et de volumes liquides, où flotte l'âme de Shéhérazade.
  • De son côté, Antonio Marras s'échappe vers les steppes de l'Est afin d'y subtiliser les secrets de l'allure chaleureuse et raffinée des matriochkas. Et si Kenzo se pare une nouvelle fois de l'esthétique russe, il lui appose cette saison subtilité et légèreté, permettant une appropriation plus directe qu'auparavant.

Hermès, Dior et Kenzo ont choisi de prendre un vol direct vers l'Évasion, nous proposant soit de puiser dans le passé les réponses à nos questions d'aujourd'hui, soit de s'inspirer de la cosyness raffinée des contrées lointaines, afin d'y puiser un brin de réconfort esthétique...


Codes maison

Défilés 2010 - Paris

Lorsque les turbulences économiques laissent présager quelques changements majeurs, il s'avère souvent plus sûr de se recentrer sur l'essentiel plutôt que de miser sur le conceptuel novateur, de manière à rassurer la clientèle et à conforter le statut de valeur refuge de la maison pour laquelle on opère. De grands noms - tels qu'YSL et Chanel - ont ainsi tout misé sur la mise en exergue de leur ADN prestigieux.

  • Si Pilati applique chez Yves Saint Laurent les codes chers au maître de la maison, en travaillant smokings, blouses blanches, flanelle grise et blousons en cuir, il ne se contente pas d'une pseudo rétrospective, mais magnifie l'ensemble en y diffusant un twist frenchy parfaitement racé, subtilement sexy, faussement bourgeois et foncièrement moderne.
  • En proposant un défilé fleuve remixant les points forts de la griffe - tailleur pied-de-poule, veste en tweed duo noir et blanc, petite robe noire, camélias - Chanel ne parvient pas à trouver une ligne claire. Entre classiques et digressions malheureuses, Karl Lagerfeld livre un show toujours très Chanel, mais finalement peu enthousiasmant.
  • Chez Balmain, Christophe Decarnin ne prend aucun risque, ancrant définitivement son vestiaire dans les pas du précèdent. Il colle ainsi au plus près des codes qu'il a lui-même érigés, assurant à la griffe de substantielles retombées commerciales...

Au jeu de celui qui réussira le mieux à renouer avec ses racines tout en conjuguant sa gamme au présent, seul Stefano Pilati parvient à obtenir la note maximale...


Faussement sobre, vraiment chic

Défilés 2010 - Paris

Puis il y a ceux qui, quel que soit le temps, le contexte ou l'humeur, parviennent à composer des collections surprenantes, portables et néanmoins novatrices. Ils ont la particularité de savoir travailler l'originalité en filigrane, le concept en ombre chinoise, créant ainsi une alchimie parfaite entre élégance et innovation.

  • Chez Balenciaga, Nicolas Ghesquière a délaissé pour l'occasion ses inclinaisons SF au profit d'une sophistication un rien plus traditionnelle, ses muses se voulant désormais plus jolies bourgeoises que robots humanoïdes. Il développe ainsi une collection sertie de drapés moirés, de toilettes en velours et de satins précieux, ainsi qu'un style outrageusement féminin, intrinsèquement parisien et ultra désirable. Cerise sur le gâteau : le tout s'avère on ne peut plus portable...
  • Quant aux essais conceptuels de la madone italienne Miuccia Prada, ils prennent chez Miu Miu des accents de classiques dévergondés subtilement décadents, où les atours d'une sage citadine s'encanaillent au contact de reconstructions impudiques... Sublime.
  • Et puis il y a Lanvin qui, sous la direction d'Alber Elbaz, se moque éperdument des tendances et autres impératifs modeux. On découvre ainsi une femme épurée, sur le fil de la perfection, ayant l'élégance comme seconde nature, parisienne (car c'est ce qu'il faut être), vêtue de mille robes éternellement chic... Bouleversant.

Ce sont assurément eux qui constituent le fer de lance du style, possédant - de par leur talent - le pouvoir de faire vibrer la mode de façon inédite, et ce sans jamais renier la femme.


Easy wear

Défilés 2010 - Paris

Avoir l'air de ne pas y toucher tout en diffusant une aura coolissime et fondamentalement chic... telle est l'équation que les trentenaires aimeraient maîtriser à la perfection. Du coup, les partis pris pour un naturel sophistiqué entrevus chez quelques-uns ne devraient pas rester lettre morte...

  • Ni apprêtée, ni négligée et sachant mélanger les codes et les genres, la femme Dries Van Noten incarne à elle seule douceur de vivre et liberté. Elle associe sans crainte jupe scintillante et pull-over légèrement loose, se dessinant ainsi un style dangereusement féminin.
  • Chez Chloé, on n'hésite pas à porter du plat à condition de contrebalancer l'effet "petite fille" par une pièce forte - ici un sarouel de velours vert forêt. Il suffit alors de finaliser la silhouette par un top basic de bonne facture, afin d'obtenir une allure chic sans chichis.
  • Pour finir, c'est chez la maîtresse du genre que l'on retrouve la parfaite panoplie de la citadine bohème. En associant cotonnade façon sweat-shirt et mousseline longueur genou, Isabel Marant a en effet constitué l'une des dream teams de l'automne prochain.

Cette saison, si l'on veut conjuguer avantageusement l'adjectif "cool", on laissera donc derrière soi toute réminiscence grunge et on privilégiera les mix and match loose/chic et casual/sophistiqué.


On note par ailleurs que parmi les silhouettes esquissées lors de cette fashion week, celle de la party girl issue des années 80, férue de night-clubs et de soirées endiablées, a squatté quelques podiums, réaffirmant son envie d'en découdre avec la morosité ambiante.

Enfin, si la fashion week parisienne fut avant tout orientée remix des musts de la saison dernière, élégance intemporelle, chic bourgeois et ADN maison, cela n'a pas empêché certains points forts d'envisager leur reconversion en tendances à suivre :

  • Des gambettes d'Emmanuelle Alt aux podiums les plus prestigieux, les cuissardes ont littéralement envahi la fashion sphère. Ainsi, que ce soit en version stretch pour Isabel Marant ou audacieusement lacées chez Louis Vuitton, elles sont assurément les stars de l'hiver prochain.
  • Les blazers masculins persistent et signent (Stella McCartney) : on les porte toujours larges et sombres sur une paire de leggings (en guise de robe) ou avec un short et une paire de... cuissardes.
  • Grâce à Balmain et Dior, les sarouels continuent de damer le pion aux slims. Que ce soit en version chic et soft pour le jour ou empreints d'orientalisme glitter illuminant les douze coups de minuit, ils se veulent incontournables.
  • Il souffle sur les manteaux un air de retour aux sources, l'esthétique couverture prenant le pas sur les coupes "tailoring" (Giambattista Valli, Chloé...)
  • On n'échappe pas aux drapés, qui squattent les plus jolies des collections. Et lorsque ces derniers se font de velours, ils atteignent la quintessence du chic 2010.
  • Les imprimés all-over font twister les sages robes portefeuilles, lorsqu'ils n'endiablent pas une mini eighties...

©photo : Vogue
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Par Lise Huret, le 23 mars 2009 dans Défilés
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12 commentaires
Tous les commentaires
MarineIl y a 7 ans
Quelle analyse, super intéressante, vraiment intelligente et sachant se détacher du rouleau comprésseur des tendances, chapeau !
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CaroleIl y a 7 ans
article canon, comme d'hab : Merci d'être notre ?il sur le monde parfois impénétrable de la mode.
Le défilé Balenciaga m'a tout simplement envoutée.
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Marie PunketteIl y a 7 ans
C'est bien ce que je me disais pas de tendance énorme lors de cette fashion week parisienne. J'attends avec impatience ton grand résumé regroupant Ny, milan, Londres et Paris afin d'en savoir un peu plus sur cette future saison ...

Juste une question les cuissardes sont vraiment de retour ???
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LaraIl y a 7 ans
Merci pour cette analyse juste, perspicace et pointue :)
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GeeIl y a 7 ans
J'avoue que le show Kenzo m'inspire beaucoup ..... et ce pantalon Chloe , wow !!!
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MakinfluenceIl y a 7 ans
Kenzo fut l'un de mes shows parisiens préférés , très poétique , très travaillé , magnifique ! Le show Dior fut comme à son habitude , sublime , il nous transporte à chaque fois dans un nouvel univers ... Quant au style 1ere aviatrice par J.P Gaultier pour Hermès , il est parfaitement maîtrisé , ça donne des ailes !
YSL : Très étudié , très fatal , très inspirant
Chanel : Une petite déception pour moi , une ambiance" bonbonneuse" un peu dérangeante ^^ ... Mr Lagerfeld a fait bien mieux !
Quant aux défilés que tu as classé dans la tendance "easy wear" , ils incarnent selon moi l'année 2010 à la perfection . Sobriété , féminité , sérénité , confort avec ce petit quelque chose qui fait toute la différence et qui est propre à chaque griffe , une touche de couleur , une matière inattendue , un détail qui fait mouche ...

Super débrief , j'avoue que j'avais aussi noté ces différentes tendances qui sont plus que récurrentes !

Bonne continuation !
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DexterIl y a 7 ans
Une fois n'est pas coutume : je vais faire super méga court : Mille Mercis CoCo pour cet excellent article et ces superbes photos .Vive l'élégance grace à vous.
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prettypolyIl y a 7 ans
A part quelques tenues "boring" cette année non?
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justinIl y a 7 ans
que c est beau c est modeles
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elisemIl y a 7 ans
bonjour, jvoulais savoir si cetait possible de connaitre la date et le lieu des defilés haute couture de demain et de samedi? merci :)
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michelleIl y a 7 ans
Ton article serait parfait sans tous les "angliscismes" à tire larigot. Ca fait un peu peur...
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anaisIl y a 5 ans
Super cet article, je ne rate aucun des défilés de la semaine de la mode parisienne sur style.com mais les analyses des défilés que l'on y trouve sont en anglais, et je suis un fâché avec cette langue..... du coup je me régale de tes analyses !

MERCI
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