ven 6 aoû 2010
Steven Meisel - Water&Oil
06 08 2010780 millions de litres de brut déversés dans l'océan pendant un peu plus de trois mois : voilà de quoi marquer durablement aussi bien l'écosystème que les consciences. Or, comme souvent après de telles catastrophes, on peut désormais s'attendre à voir éclore de nombreuses manifestations cathartiques dans des domaines aussi variés que l'art, la littérature ou la mode. Première à ouvrir le bal : la série Water&Oil de Steven Meisel pour Vogue Italie...

En matière de provocation, Steven Meisel est loin d'en être à son coup d'essai : photographe attitré de Vogue Italie, l'homme aime à se servir des pages de Condé Nast pour mettre en scène des séries dérangeantes, flirtant avec une réalité qui ne l'est pas moins. On lui doit notamment des clichés évoquant avec ironie la psychose générée par l'épidémie de grippe A, mais aussi la pauvreté extrême ou les excès de la chirurgie esthétique.
Ces séries sont alors perçues comme plus ou moins scandaleuses, selon qu'elles franchissent ou non les frontières du moralement correct. L'opus grippe A fut ainsi plutôt bien accueilli, tandis que celui grimant la misère souleva l'indignation...
De son côté, Water&Oil suscite l'interrogation. Il faut dire que comme souvent avec Meisel, les photos - sublimant à la perfection un sujet n'ayant aucune connexion avec la mode - laissent au lecteur une curieuse sensation de mauvais mix des genres...

Vêtue de créations en provenance directe de l'avenue Montaigne et engluée dans un semblant d'hydrocarbures, Kristen McMenamy subit ici le même sort que ces innombrables oiseaux et poissons mazoutés sur les cotes de Louisiane.
Or, s'ils s'avèrent magnifiques de réalisme, les clichés nous font néanmoins basculer dans une dimension parallèle, où les événements dramatiques se verraient retirer leur dimension insoutenable au profit d'une esthétisation gratuite. Servant de fil conducteur à 24 pages de photos, la catastrophe devient alors un sujet comme un autre, dont la nature permet à Meisel de concevoir des images ultra fortes.
En outre, si l'on peut un instant envisager cette série comme la contribution de Steven Meisel à l'éveil des consciences, le seul fait de ruiner des toilettes hors de prix pour les besoins d'un shooting suffit à écarter cette supposition. Cette démarche ne cadre en effet pas vraiment avec l'idée que l'on peut se faire d'un manifeste...

Au final, on en revient toujours à la même problématique : est-ce que sous prétexte de traiter avec un photographe star, un magazine de mode peut lui laisser s'approprier les sujets les plus sensibles, au risque de se retrouver devant des photos qui auraient bien plus leur place au sein d'une foire d'art contemporain ? La question reste ouverte...
Voir le making of du shooting : http://www.youtube.com/BLmNVOXOkXA
Voir toutes les photos : http://www.refinery29.com/oil-spill-vogue-italia Par Coco dans Actualité - Laisser un commentaire - 13

La ou sa me gêne c'est que sa colle trop a l'actualité , personnellement j'ai pas encore digérer cette histoire .... autant la série sur la grippe A avais un coté drôle ou du moins second degrés vis a vis de toute la montagne que les médias nous ont fait , mais la marée noir est toujours la ....
Choquer pour choquer ou est l'intérêt ????
foutre un erzat de mazout sur une robe a 10 000 E ????
Mais de l'autre, la question est: VOGUE est-il le bon médias?
Car, tout les sujets à controverse ont toujours un rapport opposé à l'image de VOGUE...Le sujet sur la chirurgie esthétique dans un monde ou l'apparence compte plus que tout, la pauvreté dans un monde où un tee-shirt vaut un salaire...
bref, d'un côté je suis partagé entre Admiration et choc...mais c'est bien aussi de voir que le monde de la mode est dans l'actualité et qu'il ne reste pas forcement qu'un monde Futile..
Oui j'aime, j'ai longuement attendue pour donner mon avis parce que j'étais restée perplexe devant ce shoot. Je viens de relire vos commentaires, et il suffit d'une demi-seconde pour en déduire que l'objectif de Meisel n'était pas de rendre beaux les vêtements ! Pour une fois photoshop a été utilisé pour enlaidir un model, regardez ces cheveux ! C'est un peu comme quand Kubrick et George Owell se moquent de la société en enfermant un violeur en taule ou en faisant parler des animaux ! Dans ce cas là ce sont deux femme habillées de haute couture dont la beauté se retrouve souillée par les dégâts de l'humanité. Ils me semble que sur le premier et dernier shoot, elles sont même mortes.
Pour finir, J'AIME ! :)
Ca doit l'amuser de faire des "séries mode" dont lui seul comprend le sens...
xo
Bien fait, Steven!