Vers un ralentissement du turn-over fashion ?

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Après avoir dépoussiéré la griffe Rodier et offert à Repetto une véritable dimension prêt-à-porter, la créatrice Émilie Luc-Duc s'apprête aujourd'hui à lancer sa propre collection. Réduite à l'essentiel, cette dernière s'inscrit à contre-courant de l'actuel turn-over fashion...
Collection Émilie Luc-Duc
À l'heure où le rythme effréné des collections ne laisse plus à la cliente le temps de désirer les vêtements, où certains défilés ressemblent à d'interminables logorrhées, où Zara et H&M effectuent de constants réassorts et où la griffe Moschino propose ses créations à la location dès le lendemain du défilé, les marques semblent plus que jamais obnubilées par le besoin d'"animer le marché en permanence afin d'amener le client dans le magasin pour qu'il achète de nouvelles pièces" (Philippe Pasquet - président du salon Première Vision).

Dans ce contexte, le choix d'Émilie Luc-Duc - la talentueuse directrice artistique de Repetto - de se focaliser sur une unique silhouette pour le lancement de sa propre ligne détonne. Oscillant entre fausse simplicité, sportswear rétro et féminité universelle, celle-ci - composée d'une paire de guêtres, d'une jupe, d'un body et d'un cardigan, le tout réversible et décliné en deux coloris - synthétise avec brio l'ADN de la créatrice.
Collection Émilie Luc-Duc
Un parti pris certes audacieux, mais qui se révèle néanmoins en totale adéquation avec le constat établi récemment par les bureaux de tendances : perdue au milieu d'une offre pléthorique, la cliente veut désormais être guidée et rassurée. Au sein des groupes de luxe, on préfère ainsi aujourd'hui réduire les gammes de couleurs plutôt que les démultiplier à l'infini...

Autrement dit, il ne serait pas étonnant que le cas Émilie Luc-Duc fasse rapidement école auprès des jeunes créateurs. Se focaliser sur une silhouette phare synthétisant sa vision stylistique puis la distribuer en direct via son propre site web apparaît en effet comme un moyen efficace de tester le marché. En fonction des résultats et des échanges avec les clientes ("C'est moi qui répondrai aux personnes qui commanderont en ligne sur mon site", précise Émilie Luc-Duc à Géraldine Dormoy), le designer en question pourra ensuite ajuster son offre et choisir ou non de la développer. À suivre...

Disponible en édition limitée dès le 15 février sur le site d'Émilie Luc-Duc
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Par Lise Huret, le 18 novembre 2014 dans Analyses
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20 commentaires
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karineIl y a 2 ans
Ca me parle tout à fait ce genre de démarche, je pense moi aussi que les marques devraient se focaliser sur quelques pièces, ça ferait tellement plus sens à tous les niveaux !
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ClemIl y a 2 ans
C'est une super initiative. Moins pour mieux ! J'aime le travail d'Emilie Luc-Duc. Cette silhouette pas mal du tout. Le body est canon
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NaïkéIl y a 2 ans
Démarche très agréable, et les pièces sont désirables ! Merci d'avoir partagé.
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A.dSDIl y a 2 ans
Belle initiative ! Superbe travail. à suivre...!
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LaureIl y a 2 ans
Tout ce que j'aime. Le site d'Emilie est CANON
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AnnaMIl y a 2 ans
Chère Lise, il foit y avoir un lapsus, car dithyrambique cela veut dire 'excessivement enthousiaste / pompeux'...
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Julien (TDM)Il y a 2 ans
Effectivement, Lise voulait dire "pléthorique" :)

C'est modifié, merci !
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....Il y a 2 ans
Je ne sais pas... J'ai envie d'applaudir et de m'enthousiasmer mais quelque chose me gêne. Donc, pour ralentir le turn-over fashion, ELD va lancer sa propre ligne (en + de Rodier & Repetto) et proposer une silhouette unique (similaire à ce qu'elle fait dans les 2 précédentes marques) composée d'un body, d'une jupe, d'une guêtre et d'un cardigan: ce qui reviendrai à porter une jupe & un cardigan Rodier avec un body et des guêtres Repetto.

Personellement même si je trouve le concept intéressant sur papier, ca fait très opportuniste, surtout que niveau valeur ajoutée on ne gagne pas forcement au change.

Je veux bien qu'on oppose cela aux geants de la fast fashion et autres mais ce que propose Emilie, à mes yeux, ne contribue qu'à "animer le marché en permanence afin d'amener le client dans le magasin pour qu'il achète de nouvelles pièces"...sauf que là, le magasin est un site marchand.
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RocketIl y a 2 ans
Génial! pour la première fois, on peut acheter toute la collection d'un coup sans être une Rothschild :D J'adore le travail d'Emilie Luc-Duc, j'espère qu'elle aura du succès. J'allais dire "le body est canon" mais je vois que quelqu'un l'a déjà écrit :)
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Le maillage des lecturesIl y a 2 ans
Sauf que les prix sont de 250 euros pour le body, 360 euros pour la jupe et 100 euros pour les guêtres, soit une tenue à 710 euros, et il n'y a pas le cardigan (mais bon, mettons-le à la place des guêtres et ajoutons peut-être 100 euros, soit 810 euros). Cela fait cher !
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TwinkleIl y a 2 ans
Cette démarche de simplification me parle spécialement ces jours. Après plusieurs saisons à la recherche constante de pièces tendance, dans la multiplication de styles et de garde-robe, je réfléchis à la simplification. De naturel tendant à la complexité, à la variété et à la penderie coloriée, je me rends compte que j'ai trop facilement succombe au chant de l'industrie mode.

Depuis quelques jours, je sens que j'ai besoin d'autre chose. Quelques-uns de mes vêtements, même si je les aime, me lassent, comme s’ils étaient un écho de ses "années folles". Composer les tenues demande de trop de réflexion et choix. J'ai du mal a faire le changement d'armoire à la fin de la saison, trop de pièces, trop difficile de faire le tri, peu de cohérence peut-être. Je n'ai pas encore eu le courage de simplifier mon armoire [merci Balibulle pour partager ton expérience la dessous! Ah... et félicitations! ;-) ], mais je sens qu'une partie du chemin est dans cette direction.

Et même si le minimalisme ne me tente pas (au moins pas encore) et que la démarche d'Emilie Luc-Duc est un peu restreinte pour mon gout, je comprends et même "supporte" l'initiative.

Simplification, simplification, de l'authenticité et aussi des compagnons fidèles au niveau vêtements (de qualité, qui durent, qu'on aime de plus en plus au fil des saisons et qui résistent aux modes). Reste à savoir si mon penchant pour la complication va saboter cette envie.

Des articles de Lise cette dernière année et aussi des commentaires des lectrices et lecteurs, je n'extrais la conclusion de que cette envie n'est pas minoritaire ni passagère. A suivre...
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NaomiIl y a 2 ans
Je suis dans ton cas, je dirais même exactement dans ton cas. Mon naturel me renvoie sans cesse à des pièces très colorées, complexes, et depuis peu, je dirais quelques mois, ma penderie me dégoûte. Oui, c'est presque du dégoût, disons plutôt de l’écœurement. J'ai eu une telle envie de simplicité soudainement que j'ai beaucoup vendu, beaucoup donné. J'ai passé mon printemps en jean taille haute, tee-shirt blanc et tennis blanches : je me sentais bien, en accord avec moi-même, libre.
L'automne arrivée, je ressens le même problème face à ma garde-robe d'automne hiver que j'épure petit à petit, me tournant vers des marques chez qui la qualité et la simplicité sont au rendez-vous. J'ai du mal car, comme toi visiblement, mon "penchant pour la complication" me joue des tours. Mais j'essaie de résister aux sirènes des imprimés, froufrous et compagnie, ne m'offrant une pièce de ce style uniquement si j'ai vraiment un coup de coeur et que je sais que je pourrais la marier avec de beaux (et durables) basiques.
Bref, tout ça pour dire que l'initiative d'Emilie Luc-Duc est intéressante.
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SpunkyIl y a 2 ans
Vos posts sont touchants. Developpez votre style vraiment à partir de vos silhouettes respectives.
Chaque saison, il y a beaucoup de propositions et consommer avec une certaine éthique est difficile. Réduire plus que drastiquement la fast-fashion au profit des friperies et des ventes presse et privées, et subir moins la tendance est ma façon d'y remédier. Ce qui est bien avec Céline c'est les lignes épurées qui sont proposées. Je pense que vous pouvez avec votre garde-robe partir vers un style "excentrique chic" et vous créer plusieurs "uniformes".
Si vous habitez à Paris, il y a des boutiques (Colette/Other Stories), des expositions de mode qui offrent de quoi nourrir l'imagination. Lors de l'expo Alaïa le combo top en jersey noir/jupe en cuir noir a été une révélation, simple et efficace.
Si vous aimez les vêtements qui sortent de l'ordinaire (mais pas Desigual quand même ? lol) il faut les associer avec un top (ou un bas) plus basiques pour calmer le jeu ou faire un renvoi à la matière. Les ceintures permettent de faire les raccords entre les deux.
Pourquoi s'acheter le dernier pull de ski Prada quand on peut s'acheter un beau pull en cachemire ou un body wolford que l'on pourra user jusqu'à la corde ?
Mettre et remettre davantage que de collectionner les "it" de la saison.
@Naomi, maintenant, j'ai envie de visiter ta garde-robe pour me faire une idée :-)
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NaomiIl y a 2 ans
Desigual, haha, non mais ça va pas ?! Abomination la plus totale !!!

Je relis mon commentaire et me dis : elles doivent toutes croire que je m'habillais comme un clown. Rassure-toi Spunky, ce n'est pas le cas, pas du tout. :-)

Mais lorsque tu parles de "pull de ski", eh bien tu vises juste : tu m'as cernée. Tout à fait le genre de pièces dont je raffolais. J'avais pas mal de robes Manoush que je shoppais en ventes privées et sur ebay : terminé, je ne peux plus, je les ai toutes vendues. Néanmoins certaines me font encore de l'oeil et il m'arrive de m'arrêter à la boutique de la rue Vieille du Temple pour les contempler. Chassez le naturel, il revient au galop...

Je ne cède pas aux tendances passagères. Mais là n'est pas le problème car ce n'est jamais vraiment ce que j'ai cherché en m'habillant.

Tu parles de &Other Stories : là encore, tu m'as cernée. Récemment, je ne me suis offert que des pièces venant de chez eux et de chez COS que j'aime aussi beaucoup. Ou des basiques essentiels tels une jupe en cuir noir. Seule folie : un teddy tout brodé de sequins. Idéal car forme classique, mais foufou dans l'esprit ; portable avec tout, une tenue toute noire, un jean, mes derbies (j'aime les chaussures de mecs, j'aime les vêtements de mecs en fait).

Mettre et remettre davantage : voilà, c'est tout à fait ça. De plus j'achète rarement au prix fort, j'écume plutôt les ventes privées, ebay ; lorsqu'une pièce chère me plaît, j'attends la saison d'après et généralement je la retrouve à prix cassé sur internet ou ailleurs. Tu es très forte, en quelques lignes tu as énoncé tous mes nouveaux principes. ;)

Ce qui est très étrange en fait, quand je réfléchis, c'est que j'ai toujours été balancée entre mon envie de simplicité et mon envie de fantaisie. J'ai toujours pu aussi bien porter des basiques twistés d'un détail que des choses complètement folles. Plus je grandis (à mon âge, 23 ans, je ne vieillis pas encore, n'est-ce pas ?), plus la simplicité me semble synonyme d'élégance. J'ai une chance qui est que mon physique n'est pas passe-partout. Et c'est une donnée non négligeable.

Le rythme de la mode s'est emballée, les proposition de la fast-fashion aussi. Maintenant, je ralentis. Car je sais qui je suis, et je sais ce dont j'ai envie. Et je ne me laisse plus impressionner par les filles qui me semblent toujours porter de nouvelles tenues.

L'expo Alaïa était une merveille. La robe-manteau Dior de l'exposition de la mode des années 50 aussi. J'ai une combi-short Courrèges qui appartenait à ma mère très similaire dans l'esprit. Je raffole des belles coupes qui mettent une silhouette en valeur. Alaïa ou Christian Dior sont deux maîtres dans cet exercice. Je m'en inspire au quotidien.

Spunky, tu es la bienvenue dans mon armoire. :D
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NaomiIl y a 2 ans
PS : En fait, tout ça est un problème d'identité... Pas facile de s'affirmer telle que l'on est.
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SpunkyIl y a 2 ans
Naomi, je t'aiderai à épurer ton armoire avec le même plaisir que j'ai eu à lire ton pavé :-)
Bravo pas de Desigual, jamais ! C'était une petite provocation.
C'est moi qui te remercie, tu me donnes envie de me remettre au stylisme photo, au relooking.
J'aime Manoush, mais on s'en lasse sur la durée. Je garde uniquement une robe portefeuille de cette marque.
Si tu aimes les chaussures d'hommes, tu peux construire tes silhouettes selon elles. C'est ta signature, ta fantaisie. Une femme dans des habits masculin c'est déjà un parti-pris.

"Et je ne me laisse plus impressionner par les filles qui me semblent toujours porter de nouvelles tenues."OUI, les dindons de la farce, c'est nous. Prada leur offre les pulls de ski et nous on paie, puis la tendance meurt aussi vite qu'elle est née.

Others Stories, les looks sont bien, les coupes meilleures que les matières et finitions utilisées. Tu as déjà un bon réflexe d'éviter de payer plein pot.

Les défilés, les expos nourrissent l'oeil. Si tu arrives à construire une (ou plusieurs) ligne idéale à partir de ton corps et en fonction des couleurs (il faut sortir ausi du noir) tu as gagné. Bon courage.
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MarieIl y a 2 ans
Quid de Douze août ? Bientôt de nouvelles pièces ? :)
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Lise (TDM)Il y a 2 ans
C'est un peu en stand by. Là on se concentre sur la nouvelle version du site et après on s'y remet sérieusement ;)
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maremeIl y a 2 ans
C'est drôle, je discutais il y a quelques jours avec une amie de la difficulté à choisir face à ce turn over constant dans la fast fashion.
Je regrette le temps où il y avait une collection automne hiver par enseigne. Tout était en rayon (ou en catalogue) , le choix était facile à faire, et non, on ne se lassait pas de rentrer dix fois dans la boutique et d'y retrouver le pull pour lequel on économisait . On investissait vraiment dans un vêtement, on nous laissait le temps de digérer, essayer, comparer, et savourer, une fois le choix fait.
J'affectionne les enseignes qui n'affichent pas chaque jour des dizaines de nouveautés. Zara, Asos, H et M, And other stories, Topshop...proposent TROP de vêtements. ça donne le tournis. Si on ne consulte pas me site deux fois dans la semaine, on se retrouve avec 300 nouveautés à regarder (dont 90 % de trucs sans intérêt). On me demande souvent mon avis pour les achats vêtements, je suis la préposée aux looks de mariages et d'enterrements. Là je commence à refuser, parce que shopper m'angoisse. Peur qu'on me balance: "ah si j'avais attendu deux jours, j'aurais pris cette paire de boots.. ou ah, sur ce site, il y avait cette robe que je préfère...mais bon, c'est pas grave, l'autre est bien, aussi.
Avoir trop de choix paralyse: ne vais-je pas trouver mieux demain? , et transforme l'achat en "réussite/échec" (ah, je préfère celui-là, j'aurai pas dû acheter ça...)
Beaucoup de ce que j'ai acheté cette saison vient d'anciennes collections ,je suis sûre d'y retrouver mes coup de coeur "réfléchis", j'écume les corners outlet, et j'y retrouve la paire de boots hors de prix de l'année dernière, beaucoup plus jolie que ce que je vois en boutique.
Parfois , je me demande ce que ces enseignes font de tous leurs invendus, et quand je pense à ces femmes à l'autre bout du monde qui sont peut-être morte à force de nous coudre des "invendus, de l'"inutile", du "déchet" en quelque sorte, ça me fout un cafard monstre.
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JaunieIl y a 2 ans
Tout est dit. Pour schématiser, on nous rabâche de trier nos déchets and co... mais que fait l'industrie de son côté? On en a jamais demandé autant, si? C'est carrément l'angoisse ce système... Alors oui la démarche d'Émilie Luc-Duc est intéressante, mais qui suivra? Il y a beaucoup trop d'enjeu économique dans notre monde...
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