Crinoline



Le mot crinoline désigne un tissu obtenu à partir de crin et de lin. Cette étoffe rigide dont on confectionnait à l'origine les cols d'officier puis les cols civils a en effet une trame en crin de cheval et une chaîne en fils de lin ou de coton. La crinoline a ensuite été utilisée pour réaliser des sous-jupes de femmes, sa rigidité permettant alors de soutenir ces jupes qui allaient en s'élargissant. Ces sous-jupes en crinoline - ou crinolaine - furent peu à peu remplacées par des jupons empesés, baleinés ou composés de cerceaux. Ainsi le mot est devenu synonyme de jupon volumineux.

La crinolineL'ancêtre de la crinoline est le vertugadin ou bois vert dont on se servait en Espagne à la fin du XVe siècle pour réaliser des jupons munis de cerceaux en osier (on raconte même que la princesse du Portugal aurait dissimulé une grossesse non désirée en 1460 au moyen de ce jupon). L'usage de ce dessous féminin se répand dans les cours royales et c'est ainsi que Catherine d'Aragon en introduit la mode en Angleterre en épousant le fils ainé d'Henri VII, le prince Arthur en 1501.

Après avoir été un élément essentiel de la mode Tudor, la crinoline est introduite en France en 1570. Mais, après la Révolution française, les femmes adoptent un style plus simple en réaction aux habitudes royales et portent des robes sans jupons, étroites ou drapées à la mode antique. Il faudra attendre le début du XIXe siècle pour que les jupes s'élargissent de nouveau, et cela dans toutes les couches de la société.

C'est en 1858 que la crinoline atteint son maximum d'envergure, suscitant railleries et critiques à cause de son côté embarrassant. En effet, en portant un tel volume, il devenait presque impossible de passer les portes, de s'asseoir ou de monter dans une voiture, sans parler des risques d'accident encourus par les ouvrières qui risquaient de se faire happer par les machines à cause de leurs robes volumineuses. Les caricatures de Daumier résument bien la façon dont la crinoline a pu être tournée en dérision à cette époque.

Pourtant avec le Second Empire, Paris devient la capitale de l'élégance internationale et l'impératrice Eugénie qui lance la mode des robes à crinoline grâce au couturier anglais Charles Frédéric Worth, y est pour beaucoup. Les robes à crinoline de ce temps réalisées dans des étoffes coûteuses comme la soie, le taffetas, le satin, le reps damassé, la moire antique, le crêpe ou la mousseline ont contribué au faste de cette époque prospère.

Progressivement, la crinoline s'assouplit, se pliant aux mouvements du corps, puis elle s'aplatit sur le devant et se développe en longueur avant d'être remplacée par la "tournure", sorte de cloche ouverte à l'avant ne recouvrant que l'arrière ou construction bouffante à l'arrière, composée d'un coussin de crin porté sur le postérieur.

Finalement, la crinoline tombe en désuétude au début du XXe siècle. Elle est remplacée aujourd'hui par des jupons aux cerceaux en plastique ou en nylon, qui leur apportent plus de légèreté et de flexibilité et dont l'usage est essentiellement réservé aux robes de mariée dont ils garantissent l'ampleur. Mais c'est une pièce vestimentaire qui fascine toujours nos contemporains, comme en témoigne la récente exposition qui s'est déroulée de novembre 2008 à mars 2009 au musée Galliera à Paris intitulée "Sous l'Empire des Crinolines 1852-1870".

D'ailleurs, la crinoline revit à travers les créateurs de mode. Et si la reine du punk l'a remise en vedette dès 1985, avec sa collection d'été baptisée "Mini crini", d'autres ont pris le relais. En effet après Vivienne Westwood, Jean Paul Gaultier, John Galliano, Elie Saab, Yamamoto et plus récemment encore Charles Anastase ont revisité cet élément du passé en le modernisant. C'est pourquoi les crinolines des défilés de couture d'aujourd'hui sont réduites, portées en courtes traines ou en tablier, forment des volutes ou d'autres volumes innovants.

La plus emblématique robe du XIXe siècle inspire ainsi toujours les grands couturiers, jusqu'au créateur anglais qui as mis fin à ses jours ce 11 février 2010, Alexander McQueen, dont le défilé automne/hiver 2009/2010 présentait d'immenses robes à crinoline rouges et noires...
Par Aline dans Lexique de la mode

Lexiques suivants :

Retour au lexique de la mode