ven 17 oct 2008
Suzy Menkes
17 10 2008Le pompadour alerte et la plume acérée, Suzy Menkes observe la mode depuis 30 ans. Inlassablement, elle édicte les tendances, distribue bons et mauvais points, enterre ou encense les collections, le tout avec une impartialité légendaire qui en fait un personnage redoutable et redouté, mais surtout unanimement respecté du monde de la mode…

En guise de lancement de la fashion week parisienne, on fêtait en septembre dernier les 20 ans de bons et loyaux services de Suzy Menkes en tant que rédactrice de mode au sein de l’International Herald Tribune. Pour cette occasion, tout le gratin de la fashion fut réuni : de la mannequin intello au couturier chouchou, en passant par les maîtres de la Haute Couture, personne ne se serait permis de rater l'événement.
Il faut dire que Suzy Menkes est à traiter avec déférence et précaution, tant une ligne de sa part peut vous projeter dans la lumière ou vous discréditer pour toute une saison.
D'ailleurs, si les festivités se déroulant au musée Galliera furent plus que réussies, ce n’est pas pour autant que Suzy Menkes flattera dans son prochain article tel ou tel créateur lui ayant fait la conversation, car chacun le sait, cette influente rédactrice de mode est incorruptible. C’est au passage l’une des seules à renvoyer systématiquement les cadeaux qu’elle reçoit des bureaux de presse...

Suzy Menkes est née en 1943 en Angleterre. Très jeune, elle manifeste une attirance pour la France, sa culture et son raffinement. Dès la fin de sa scolarité, elle s’envole ainsi vers Paris afin de suivre durant une année les cours de la chambre syndicale de la couture. Elle y apprend les rudiments de la coupe et y développe son goût en matière de mode. Elle retourne ensuite en Grande-Bretagne où elle suit des études de littérature et d'histoire anglaise à Cambridge. C’est durant cette période - où elle sera la première femme à diriger le journal de l’université - qu’elle choisit de devenir journaliste.
Son diplôme en poche et plus que jamais passionnée par la mode (qui est alors en pleine mutation, année 68 oblige), Suzy décroche un poste dans la rubrique mode du Times. Elle y fit d’ailleurs la connaissance de son futur mari, David Spanier, avec qui elle aura trois enfants. Sa façon d’analyser les événements, son ouverture d’esprit, son intarissable curiosité et son indéniable talent d'écriture lui font rapidement obtenir la responsabilité de la rubrique.
A une époque où l’univers de la mode bouillonne, où les codes de l'esthétique contemporaine sont en train de s’établir et où les légendes d’aujourd’hui révolutionnent le prêt-à -porter, Suzy Menkes est aux premières loges...

Sans arrêt elle analyse, confronte, s'enthousiasme et critique avec une intelligence qui la fait devenir une plume que l’on lit avec attention. En 1988, son statut de pythie ayant droit de vie ou de mort sur la destinée des créateurs ne fait que se confirmer lorsqu’elle intègre la section mode du Herald Tribune, où elle décrypte - en tant que chroniqueuse - les défilés des fashion weeks, que ce soit celles de New York, Pékin ou même Berlin.
La force et la pertinence de Suzy Menkes viennent en partie du fait qu’elle désire couvrir la mode au sens large du terme. Elle ne se cantonne pas aux maisons reconnues et arpente le globe afin d’avoir une vision globale de ce qui constitue la Mode. Elle est par ailleurs toujours curieuse de découvrir le travail des jeunes créateurs, avide de discuter avec les divers acteurs de la mode et disponible dès qu’elle décèle en l’un d'entre eux les prémices d’un talent.
Travaillant pour un média puissant, bénéficiant d’un réseau d’influence extrêmement étendu et possédant une intuition et un flair imparable, Suzy Menkes est de celles dont l’avis bouleverse les carrières et booste les ventes, au même titre que Carine Roitfeld. Cependant, si les deux Parisiennes exercent un pouvoir incontestable sur leur milieu et évoluent dans le même domaine, elles ne se ressemblent en rien.

L’une, plus jeune, diablement photogénique et entourée d’une équipe de filles longilignes et stylées joue la carte de la branchitude : on l’adule tant pour son allure que pour son oeil perspicace à qui rien n’échappe. L'autre, que Kate Moss décrit comme une "crazy auntie", affiche quant à elle un look british chic (qui n’est pas sans rappeler parfois celui d’Élisabeth II) et une coiffure pompadour qui achève de la rendre unique. Et si Carine est avenante, Suzy est nettement plus impressionnante. Il faut dire que ses papiers font trembler les plus aguerris des stylistes…
Ainsi, alors que l’on croyait Marc Jacobs intouchable, la téméraire Suzy Menkes n’a pas hésité à le clouer au pilori pour avoir débuté son show printemps/été 2008 avec plus de deux heures de retard. À l’inverse, alors même que Nicolas Ghesquière n’était pas encore le chouchou de la presse, elle le désignait déjà comme "Le créateur le plus fascinant et le plus original de sa génération". Son avis éminemment respecté fait ainsi la pluie et le beau temps au pays du turn-over des postes clefs : des critiques négatives à répétition sur tel ou tel directeur artistique peuvent même amener ce dernier à être congédié...
Cette éminence grise de la mode, qui a pour règle d’être toujours objective et d’écrire rigoureusement ce qu’elle pense, est aussi de tous les secrets du milieu. C'est ainsi elle qui, au matin du dernier show Margiela, évoquait dans son papier du jour la possibilité du départ de ce dernier…

En dépit de la cadence effrénée que lui impose son métier, Suzy Menkes parvient pourtant à développer d’autres passions. Férue d’histoire, on lui doit plusieurs ouvrages sur la famille royale britannique, qu’elle prend le temps de rédiger dans sa maison secondaire d'Ardèche (moins sexy qu’Ibiza, mais nettement plus efficace pour s'éloigner de l’agitation parisienne).
Que l’on conteste ses choix ou que l'on n'adhère pas à ses coups de cœur, Suzy Menkes est néanmoins l’une des rares personnes - dans un milieu où hypocrisie mielleuse et courbettes intéressées sont monnaie courante - faisant preuve d’une nette insoumission aux diktats du commercialement correct et d’une d'honnêteté intellectuelle forçant le respect et l’admiration. Son parcours et son intégrité lui ont d'ailleurs valu la Légion d’honneur, et lui ont permis d’intégrer l'Ordre de l’Empire Britannique…
Par Coco dans Les Icônes de Mode











Je trouve que ça a un côté effrayant qu'une personne aie autant de pouvoir, car si je ne doute pas qu'elle fasse de bons choix et que cela aie un effet positif en obligeant certains créateurs à toujours se remettre en question et à donner le meilleur d'eux-mêmes par peur de se faire éjecter, je n'aime pas le fait qu'une seule personne puisse décider ainsi du sort de personnes qui, qu'on aime ce qu'ils font ou pas, ont tout sacrifié pour en arriver là , et se donnent à fond dans un métier difficile où la concurrence est rude et suffit à elle seule à vivre dans un stress constant. Je trouve ça dégueulasse de ruiner une carrière par la volonté d'une seule personne.
Je suis tout à fait d'accord avec lolo, de plus, son style me laisse vraiment dubitative.
D'accord avec lolo et Apolline...
Mais merci de m'avoir fait découvrir ce personnage dont je ne soupçonnais même pas l'existence !
En lisant le dernier paragraphe, c'est exactement ce que j'ai pu ressentir depuis le début de l'article ! Une personne authentique dans un milieu ou c'est parfois trop beau et trop brillant pour etre honnete ! Enfin c'est pareil partout ca ... y a pas que dans le milieu de la mode.
Apolline : L'habit de fait pas le moine ! Je n'ai jamais pu lire un de ces articles mais il est évident pour moi que ce n'est pas parce qu'elle ne s'habille pas comme les autres journalistes de mode que forcément elle est mauvaise dans ce qu'elle fait ! Parfois ca peut etre tout le contraire ...
Perso, en lisant l'article, je n'ai cesser de penser a Anna Wintour, principalement au niveau du caractere...
seul et fabuleux : Je suis tout à fait d'accord avec le fait que l'habit ne fait pas le moine. Je voulais tout simplement dire qu'une personne plus discrète et plus élégante conforte dans l'idée de confiance. Et dans la mesure où elle exèrce une si grande influence dans le milieu de la mode, un style un peu plus mesuré serait rassurant.
Elle vous effraie?
Je la trouve plutôt sympathique comme personnage, tout en rondeur, la bonne tantine anglaise buvant son thé earl grey avec ses tea cakes!! Miammmm
Vous trouvez ça dégueulasse qu'elle ait autant de pouvoir mais dans une plus faible mesure vos professeurs d'école aussi ont autant de pouvoir sur vous qu'elle en a sur les créateurs. Vous aurez beau vous être acharnés à la tâche, si vos examens sont mauvais, en toute objectivité il aura le pouvoir de vous faire redoubler!
Ensuite, ce qu'elle écrit reste "des lettres sur du papier", la cliente grade en elle, le libre choix d'adhérer bêtement ou pas à ses analyses et elle aussi de faire la pluie et le beau temps des marques.
Mais il faut bien que certaines personnes fassent la police! Et rien que le fait d'être une femme, dont la puissance se lit sur ses rondeurs et sur sa coiffure Pompadour, même stylée comme une vieille artiso, je la respecte!
Et ces articles valent le coup.
Vous pouvez lire ses articles sur internet via le site du International Herald tribune dans la rubrique "Style"
mais c'est en anglais (forcèment)
www.iht.com/pages/style/i...
Dans la mesure où quelqu'un est 'juge' (mais on pourrait tout à fait négliger ce jugement) de la créativité et de l'audace, je trouve un peu absurde qu'on en exige de la discrétion. Au nom de quoi?
Juste le jour où je voudrais en savoir plus sur Suzy Menkes, dont j'apprécie toujours les articles, suite à l'article de Géraldine chez Café Mode: bravo pour le timing, Coco!
merci pour le lien joli félin!
De rien Lei. Tu me diras ce que tu en penses. Bonne lecture ;)
@ joli félin : tu compares cette femme à un prof qui a lui-aussi le pouvoir sur ses élèves ?! Tout d'abord, en général, la réussite d'un devoir à l'école est difficilement discutable, à part quelques matières où les avis sur une copie peuvent diverger (comme la philo ou ce genre de matières, quoiqu'il reste toujours évident de dire si l'analyse faite par l'élève est complète, si l'élève connaît son sujet, prend en comptes toutes les références qui devaient être prises en compte pour cette analyse etc.), par exemple dans toutes les matières scientifiques pour ne citer qu'elles, y'a pas 36 solutions, tu appliques la bonne formule, tu trouves le bon résultat, t'as bon. Si t'as tout faux, alors le dit-prof a raison de te mettre zéro. Bon, là on ne parle pas des conards de profs qui se sont apparemment trompé de vocation et dont la plus grande passion semble être de s'acharner sur les têtes qui ne leur reviennent pas, car si c'est à eux que tu penses pour défendre Suzi Menkes, tu ne me feras pas plus apprécier le pouvoir qu'ont des gens comme elle et que je trouve abusif.
Ensuite, si je parle de pouvoir abusif, c'est que bein-sûr je ne parle pas des articles qu'elle pourrait écrire contre des gens qui objectivement sont vraiment très mauvais dans ce qu'ils font et devraient laisser la place à d'autres, mais de ceux dont le talent est réel et dont le travail est apprécié par d'autres qu'elle. La mode est un milieu artistique, il ne faut pas l'oublier, et les créations d'un styliste comme toute autre création artistique ne PEUVENT pas plaire à tout le monde, c'est par essence impossible ! Je ne dis pas que les articles de Suzi Menkes ne sont pas intéressants, mais je n'aime pas le fait qu'elle soit si influente et que la carrière d'un créateur de mode puisse être détruite (ou boostée alors que de l'avis général son travail n'était pas transcendant !) d'après sa seule appréciation, car quand tu dis que la cliente peut faire ses propres choix et peut elle aussi décider de la réussite d'une marque, c'est vrai pour les marques à très grande diffusion certes, mais pas dans le milieu très fermé des grandes maisons de couture, où l'on attribue les postes de directeurs artistiques à des créateurs précisément à la demande de personnes influentes comme elle. Parfois ce sont des réussites, comme Marc Jacobs "très fortement recommandé" à la maison Vuitton par la Wintour, mais ce n'est pas toujours le cas. Et la cliente dans tout ça peut bien entendu ne pas acheter les produits d'une maison ayant accepté de placer à la tête de sa création un directeur artistique qui ne lui plaît guère mais elle n'a aucun moyen de soutenir un styliste qui s'est vu retirer un tel poste. Bref, j'aime que les personnes comme elles servent de gardes-fous ou même de débusqueurs de talents, mais je n'aime pas le fait que leur seul jugement soit roi, car il l'est beaucoup plus que tu n'as l'air de le croire, c'est tout.
Lolo : Ben dis donc t'as l'air d'avoir la rage contre elle toi! Elle a descendu en flèche une de tes collections ou quoi??? ;)
Et non j'ai conscience de la très grande influence de son jugement mais ce n'est pas pour autant qu'elle me fait peur, ou que je trouve ce concept effrayant. C'est sûrement, dans une plus large mesure, parce que je pense que c'est le système qui est à remettre en cause, pas elle dans un premier temps.
Concernant les recommandations de gens doués et pas doués, pas besoin de Menkes pour ça, c'est à peu près la même chose dès qu'il s 'agit d'un poste à responsabilité dans n'importe quelle entreprise.
P.s : mon intention n'était nullement de te faire apprécier Suzy menkes, ce n'est pas ma mère à ce que je sache! Ni ma copine! lol
Cette femme est un fashion faux-pas sur pattes qui aime détruire ce que de merveilleux créateurs ont construit en quelques lignes. Croyez-vous vraiment que ses critiques sont des critiques ou peut-être seraient-elles simplement le retour de leurs investissements (des designers)? Elle transpire la malhonnêteté et l'abus de pouvoir. Jetez un coup d'oeil à son regard sur les photos...Ouach. Elle m'effraie. "Le sytème de la mode" tout craché.
C' est rigolo, cette houpette: on dirait Tintin qui aurait couche avec la Castafiore.
Rooooh que c'est classe Veronique ^^
Mais c'est vrai qu'on dirait un mix de la castafiore avec tintin.
Pour avoir lu ces articles, je peux affirmer que ce qu'elle dit touche (en général) juste.
Evidemment, la mode est quand même un art, et donc : tout est une question de goût ! Mais apparemment, elle sait apprécier les choses a leur juste valeur... comment serait elle arrivée la sinon?
Qu'un seul mot à dire EPOUSTOUFLANT.
Tu trouves toujours des mots juste et apropriés pour t'es article. J'ai beau les lire et les relire, je m'en lasse jamais. Ton site est l'un des plus interessant. Je n'arrive même pas à trouver les mots pour le qualifier. Tu devrais vraiment poser ta candidature chez un magazine de mode parce que tu mérites amplement une place de chroniqueuse.
Enfin ce n'est que mon avis.
Bon continuation et encore bravo!!!