Chronique #84 : Bilan parisiano-lozérien

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Après quelques semaines passées de l'autre côté de l'Atlantique, nous voici revenus sous les flocons de neige canadiens. Et s'il serait trop long de vous raconter en détail, ces 23 jours en terre frenchy, voici néanmoins quelques souvenirs marquants de cette escapade que j'appréhendais un peu, et qui s'est finalement révélée délicieuse…
Église Saint-Eustache de Paris

Paris



Premier matin


Alanguie dans la chaleur du VTC venu nous chercher à l'aéroport, je distingue au travers de la brume matinale le profil des ponts parisiens. Le contraste avec l'urbanisme vertical que nous venons de quitter est saisissant. Paris est d'une telle beauté, cela en est presque violent. Plus je m'en éloigne, plus le coup de foudre des retrouvailles se révèle intense. Alors que les façades ouvragées se succèdent devant mes yeux, je savoure ma chance de pouvoir revenir régulièrement dans cette ville qui est devenue avec le temps mon principal port d'attache...

Les amis


Sous son élégant chapeau, Géraldine me paraît toujours plus sereine. La quarantaine lui va bien : les choix forts qu'elle opère dans son métier et la tendresse compréhensive qui transparaît lorsqu'elle évoque son fils composent le portrait d'une femme que je ne cesse d'admirer.
Sirotant un jus fraîchement pressé chez Rose Bakery tout observant la faune ultra stéréotypée du Bon Marché, je suis tout à la joie de pouvoir bientôt serrer dans mes bras ma chère Charlotte. Nous n'aurons pas assez de la journée pour évoquer pêle-mêle ses interviews au Parisien, les bêtises et mignonneries de nos enfants, les off du milieu de la télé (Charlotte est journaliste média), le physique de mon coach de sport, la nourriture canadienne, les défauts - et qualités - des hommes partageant nos vies, mais aussi nos envies, nos peurs, nos joies…
Dans sa cuisine aux teintes chaleureuses, la douce Lili m'offre un thé fumant. Les mots filent… Entre sa nouvelle vie de journaliste/blogueuse indépendante, ses projets, son positionnement vis à vis des marques et sa redécouverte du sport, elle me paraît être aux portes d'un succès que je pressens assez fou.
Fringant dans son pardessus Ami, Emmanuel me détaille les offres que Grand Luxury Hotels (club confidentiel et très fermé de voyageurs pour lequel il officie depuis plusieurs années) propose à ses clients "plus que haut de gamme". Ici, pas de réductions - qui n'auraient de toute façon aucun intérêt pour cette clientèle très fortunée - mais des expériences uniques et des intentions particulières qui feront mouche. Très éloigné de mon quotidien, cet univers inaccessible me fascine...

Bar à eau chez Colette


Littéralement saturé de parkas Canada Goose, de Faye Chloé, de mines bronzées par un Noël passé au ski (ou à St Barth), de chevelures parfaitement colorées et de barbes fraîchement taillées, le tout mâtiné de fausse nonchalance, de rires trop sonores, d'égos flamboyants et de bises touchant à peine les joues, le bar à eau de chez Colette est un condensé de tout ce que "j'adore" dans le milieu de la mode. Attablée avec Emmanuel, je remarque la moue écoeurée de notre voisin de table face à son assiette de coquillettes, qu'il juge "livides". Élevant la voix suffisamment fort pour que tout le monde puisse bien entendre, il lance alors sentencieusement à sa compagne : "4 minutes. Il leur manque 4 minutes de cuisson. Non mais regarde leur couleur de cadavre !". Il en porte une à sa bouche, déglutit et livre son verdict : "infect". Devant cette scène surréaliste de snobisme, j'ai beaucoup de mal à ne pas piquer un fou rire...

Boutique Balenciaga


Petit détour chez Balenciaga. Si certaines pièces de la collection femme s'inspirent avec brio du travail de Cristobal, la collection homme manque quant à elle cruellement de rationalisme et de portabilité (le pull cropped pour homme, sérieusement ?). J'y apprends par ailleurs que suite à l'arrivée du nouveau DA, les prix ont flambé - le fameux Classic City coûte désormais 1000 euros de plus - et qu'en dépit de cela (ou grâce à cela…) les ventes s'envolent.
Pradelles - Lozère

Lozère



Bataille de boules de neige


L'étendue immaculée entourant la maison de mes parents donne aux enfants des envies de bataille de boules de neige. Une fois blousons et gants enfilés, nous voici ainsi ma mère, ma petite soeur, ses deux enfants, Charles et moi en train de nous fabriquer des munitions ouatées. Entre les éclats de rire de Charles recevant en plein visage sa première boule de neige, les cris outrés de son cousin à qui il a l'outrecuidance de rendre la pareille, l'enthousiasme belliqueux de ma petite soeur médecin militaire à qui il n'aura fallu qu'un peu de neige glissée dans le cou par mes bons soins pour redevenir la fillette espiègle de notre enfance et le sourire de notre maman aux anges de nous voir tous réunis, ce moment infiniment joyeux se vit immédiatement rangé dans ma boîte à souvenirs sous l'étiquette "rare et précieux".

Aligot paternel


Depuis quelques minutes s'échappe de la cuisine une délicieuse odeur. Patiemment, papa y tourne l'aligot qu'il nous servira à midi. Cette purée à base de tomme fraîche est pour nous une véritable madeleine de Proust familiale, tant sa saveur gourmande est liée à nos jeunes années passées en Lozère. J'anticipe avec gourmandise l'orgasme papillaire à venir et la délectable sieste qui suit généralement ce genre d'agapes...

Trivial fou rire


Tard dans la soirée, au bord du feu de cheminée, la partie de Trivial Pursuit bat son plein. Et si entre les beaux frères la compétition est rude, du côté des filles (mes deux petites soeurs et moi-même), l'humeur est plus taquine. Il suffit ainsi d'un mot à double sens, d'un geste d'humeur d'un mauvais perdant ou d'une question particulièrement ardue pour déclencher chez nous d'interminables fous rires. Des fous rires à couper la respiration qui nous firent nous sentir plus proches que jamais...

Petits bonheurs en vrac


Observer la seconde génération de cousins (dont Charles fait partie) se rassurer mutuellement lors d'une chasse au Dahu.
Découvrir à l'aube le paysage figé sous un manteau de glace.
Humer la senteur inimitable que compose l'air glacial mêlé à l'odeur du feu de cheminée.
Admirer pour la première fois les cheveux argentés de ma maman (à 66 ans, elle a décidé d'en finir avec les teintures).
Lire dans le regard de mon fils un amour inconditionnel pour ses grands parents. Il les adore d'ailleurs tellement qu'il ne voulait pas rentrer au Canada. Un soir, assis sur son lit, la mine songeuse, il nous lança ainsi : "Je veux pas rentrer au Canada, y'a personne au Canada...". Moi : "Mais si, tu as plein de copains là-bas !". Lui : "Oui, mais y'a pas mamie et pape...".
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Par Lise Huret, le 13 janvier 2017
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23 commentaires
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Svs au LuxbgIl y a 5 mois
Ma Chère Lise,

Eh oui c'est toujours aussi bon de rentrer ( particulièrement à Noël) et de plus en plus dur au fil des années de repartir, s'éloigner des siens qui vieillissent...
Le temps de "réajustement "après les avoir quittés est à chaque fois un peu plus long, et le pincement plus fort.
Les enfants demandent systématiquement pourquoi est-ce que nous on déménage tout le temps alors que les autres, eux, restent ensemble. Mais finalement de retour, où que nous vivions, tout cela se tasse assez vite pour eux. Je ne doute pas une seconde qu'il en sera de même pour ton petit Charles.

Prenez soin de vous 3
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Lise (TDM)Il y a 5 mois
"Les enfants demandent systématiquement pourquoi est-ce que nous on déménage tout le temps alors que les autres, eux, restent ensemble."

J'ai en effet pressenti que plus Charles grandirait, plus il souffrirait de ne pas être proche de sa famille. Il n'est pas facile d'imposer ses choix de vie à ses enfants. Mais je crois aussi que vivre à l'étranger offre à nos enfants quelque chose d'assez unique. Enfin j'espère ;)
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Svs au LuxbgIl y a 5 mois
Oui c'est leur offrir une ouverture culturelle et intellectuelle ( particulièrement lorsqu'il y a bain linguistique) indiscutable. Même s'ils nous honnissent petits, ils nous en remercierons adultes ( c'est du moins ainsi que je l'ai vécu, j'en suis très reconnaissante envers mes parents).
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romaneIl y a 5 mois
Coucou Lise !
Encore une fois j'ai adoré, mais je crois que le moment que je préfère, c'est celui au bar à eaux. J'ai eu l'occasion de croiser ces spécimen un peu partout, et j'avoue que chez Colette ils sont parfois trop nombreux (en témoigne ce jeune homme intensément épris des photographies d'Avedon au 1er étage, si bien qu'on l'entendait s'extasier à chaque tirage), mais faut avouer que c'est tout de même ce qui attire dans la mode : les personnalités débordantes :D
Bon retour !
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Lise (TDM)Il y a 5 mois
Là j'ai davantage vu des membres d'un microcosme très fermé que des personnalités hors norme ;)
Un microcosme que je suis bien contente de ne pas être obligée de fréquenter tous les jours...
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OliviaIl y a 5 mois
Mais nous aussi, on veut en savoir davantage sur le physique du coach de sport! :)
Les êtres chers, les bons amis, les beaux instants, s'il fallait une bonne résolution, c'est bien de profiter de ce qui est rare et précieux, de ce qui est beau et bon.
Mes enfants adolescents sont "déracinés" depuis toujours, c'est un choix, ça me rend un peu triste parfois mais c'est ce qui rend les moments de retrouvailles familiales encore plus merveilleux
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Lise (TDM)Il y a 5 mois
Ah ce coach de sport.... Je ne peux rien dire car je crois qu'il lit le blog ;)
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AnneIl y a 5 mois
Vivre loin de ses parents, et donc des grands-parents, est un choix difficile quand on est proches d'eux. Quand tout va bien on n'y pense pas, on croit tout le monde éternel. Quand l'un décline, ce n'est pas simple, je le vis en ce moment, et pourtant, je ne suis pas de l'autre côté d'un océan.
Mais c'est bien aussi d'avoir sa propre vie!
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Lise (TDM)Il y a 5 mois
Etre à nouveau proche géographiquement de mes parents est une des raisons qui pourraient me donner envie de revenir vivre en France...

Heureusement, il y a Skype ;)
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emmanuelisIl y a 5 mois
Je ne sais pas si ça marche mais je le tente : ❤
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Lise (TDM)Il y a 5 mois
Ca a marché ;)

Je t'embrasse très fort
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FabienneIl y a 5 mois
Merci pour les photos de Lozère !!!
Je te (vous) souhaite une très chouette année, et j'espère que vous pourrez aller en Islande continuer vos aventures, si c'est toujours au programme
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Lise (TDM)Il y a 5 mois
Oh l'Islande n'est plus au programme... Nous avons envie de vivre quelques années ici. Le concept des "6 mois ici, 6 mois là" est trop dur à vivre pour Charles.

Désormais, on va essayer de voyager au maximum en ayant pour port d'attache Toronto :)
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FabienneIl y a 5 mois
Ok c'est votre choix. Et il est plein de pertinence.
Je voulais te remercier pour le travail que vous effectuez sur TDM, c'est éclectique et enrichissant.
(J'ai profité à bon escient d'un conseil mode pour "femme" à crinière blanche ! gain de temps assuré le matin !!!)
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Lise (TDM)Il y a 5 mois
Oh je suis heureuse que l'un des conseils t'ait servi :)
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EliseIl y a 5 mois
C'est fou ce que ton écriture est jolie, je lis cet article depuis le Sud de la France où le vent souffle et refroidit les habitations et cela vient de me réchauffer le coeur. Merci :-)
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Lise (TDM)Il y a 5 mois
C'est très gentil, merci :)

Allez vite un bon chocolat chaud !
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FrancoiseIl y a 5 mois
J'adore ton style d'ecriture. Chaque fois que je reviens a Paris, j'ai une sorte d'angoisse. Je suis contente de retrouver ma soeur etc, mais des qu'on sort dans la ville et qu'on se balade, mes envies d'etre plus "maigre", plus "riche", and so on, me reviennent. Je suis toujours contente de repartir pour mon petit Pacific Northwest. Mais bon, prochain stop must be La cite des anges. Ca commence vraiment a me titiller, et mamoutchka "supports" such a move. Alors on va voir ! Oui c'est bien que tu aies Toronto comme port d'attache. T'es a 1 heure de NYC, 5 heures de Seattle et LA. Franchement ideal ! Bises ma Lise!
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Lise (TDM)Il y a 5 mois
C'est quand même bizarre cette sensation d'infériorité que l'on peut ressentir dans certains quartiers de Paris... J'ai du mal à me l'expliquer.

LA : j'ai hâte que tu y sois ! Tu nous raconteras, hein ? Promis ?

Je t'embrasse fort :)
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rorococoeugvicIl y a 5 mois
Quel chouette article ... l'odeur d'un lendemain de feu de cheminée ... l'aligot ... ces retrouvailles familiales et amicales ... et la faune parisienne qui fait partie du folklore pour moi, touriste du Suuud ...
Merveilleuse année ... encore toute pleine de bonnes choses et de talentueuses aventures !!!
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matchingpointsIl y a 5 mois
Le contraste entre la vie "vraie" et le snobisme de chez Colette est saisissant ! C'est tellement bien décrit...
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LauraIl y a 5 mois
Chère tata coco,

Alors déjà: on vous souhaite à tous les trois une très belle année 2017.

Je suis à chaque fois bien émue de lire ces mots sur la Lozère… et je ne saurais l'expliquer mais savoir que l'on a également cela en commun me réchauffe le coeur.

On vous embrasse
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Lou et SwannIl y a 5 mois
J'ai beaucoup aimé ce récit doux et touchant à la fois.
Comme tu dis aussi, heureusement qu'il y a Skype !

Christine
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