Chronique #96 : Bulle nocturne

2027
Face à certains phénomènes physiologiques qui nous échappent, deux possibilités s'offrent généralement à nous : soit les subir, soit essayer de les embrasser afin d'en tirer le meilleur. Pour ma part, après avoir longtemps vécu comme un poids mes fréquentes insomnies, j'ai récemment décidé de les considérer comme une bulle hors du temps m'offrant mille et une possibilités. Il faut dire qu'une fois dépassée l'angoisse d'être fatiguée le lendemain, ces heures volées à Morphée prennent souvent l'allure d'une parenthèse douillette, où contemplation et créativité se succèdent...
Edward Hopper
23h : Tous mes sens sont en éveil, les battements de mon coeur se font plus rapides, mon cerveau s'aiguise : autant de signes qui m'annoncent une nuit sans sommeil.

0h00 : Le front appuyé contre la vitre, je laisse la valse nocturne des taxis me bercer. Peu à peu, la vie au sein des buildings qui nous entourent s'estompe, le temps s'efface. À quelques mètres de moi, j'entends Charles bouger dans son lit (sa chambre donne sur le salon). Je m'approche et contemple cette forme enfouie sous la couette, les doudous épars sur le sol, les livres encore ouverts près de l'oreiller et me gorge de cette enfance terriblement éphémère.

Les soucis deviennent flous.

0h50 : La pointe HB de mon crayon gris virevolte sur le papier. Sous mes doigts, les petits personnages que j'avais depuis trop longtemps laissés à l'état d'ombre en devenir se matérialisent. Je les habille de toutes ces choses aperçues ici et là : un anorak un peu trop grand sur un bambin de deux ans, une peluche disproportionnée par rapport à la taille de son mini propriétaire, un biberon dépassant d'un micro sac à dos…  

Les impératifs disparaissent.

1h30 : Assise devant mon ordinateur posé sur la table à manger, baignant dans la lumière chaleureuse diffusée par ces fameuses ampoules à LED que l'on voit actuellement dans tous les restos branchés et la tête perdue dans les tubes des années 80 ("Can't Take My Eyes Off Of You"...), je laisse les souvenirs que réveillent ces mélodies voleter autour de moi. J'en saisi un, l'examine avec attention (j'ai le temps...), puis un autre. Ces notes rétro jouent au juke-box avec ma mémoire. Me voici ainsi à 17 ans en train de danser un rock avec un vieil oncle encore fringant, à 13 ans complotant avec ma petite soeur derrière une estrade lors du mariage d'une obscure connaissance parentale, à 16 ans échangeant un baiser interdit avec un serveur n'ayant que faire de ma non-majorité ou encore à 15 ans clouée sur mon lit par la nicotine de ma première cigarette...

2h : Une sorte d'euphorie tranquille fait battre mon coeur un peu plus vite. Les pensées joyeuses succèdent aux accès de mélancolie. La vapeur sucrée s'échappant de mon infusion aux fruits rouges me caresse le cerveau. Je dresse quelques listes (Activités week-end, Recettes "kids friendly", Envies à satisfaire…) en me promenant sur Pinterest et Instagram. Je lis les critiques littéraires des derniers bouquins à la mode et complète ainsi mon "Top dix" des livres à lire absolument.

2h30 : Je sors du four les cookies que j'ai mis à cuire 20 minutes plus tôt. Ils constitueront un parfait "afternoon snack" pour mon petit écolier n'acceptant toujours pas de croquer dans le moindre fruit.

3h00 : De légers fourmillements dans les tempes m'annoncent que la récréation est finie et qu'il est désormais temps d'aller me glisser dans les draps. Je file sous une douche bien froide, destinée à abaisser la température de mon corps et donc à faciliter mon endormissement.

3h15 : Je pose ma tête contre l'épaule de Julien. Mes paupières sont lourdes, mon esprit léger...

Épilogue


Si les matins suivant ce genre de nuits ne sont pas des plus faciles, ma "routine post-nuit courtes" me réussit cependant plutôt bien : je sors prendre l'air frais, effectue quelques mouvements de yoga, puis déguste un petit déjeuner - sans café - riche en vitamines et en protéines. Et si le besoin s'en fait sentir, je fais une sieste de 30 minutes en début d'après-midi.

Tout cela pour dire qu'il est possible de retirer du positif de situations a priori négatives et qu'il ne faut pas hésiter à expérimenter les choses de manière absolue. Dans la vie, il n'y a pas de règles à suivre, que des chemins à inventer...
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Par Lise Huret, le 18 octobre 2017
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27 commentaires
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SamanthaMIl y a 1 mois
Très joliment écrit comme toujours et magnifique conclusion. Tu m’as reboosté pour la fin de semaine!!
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Lise (TDM)Il y a 1 mois
Merci beaucoup :)
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LaureIl y a 1 mois
Oh Lise, quel bonheur cet article ! Il m'aidera certainement à affronter plus sereinement ma prochaine insomnie... Merci
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Lise (TDM)Il y a 1 mois
C'est hyper gentil, merci :) Ne pas stresser quand arrivent ces moments d'éveil décalé est à mon avis la clef pour mieux les vivre et - qui sait - s'endormir plus tôt que prévu ;)
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elsaIl y a 1 mois
J'ai la même vision, Lise. Mes nuits blanches m'offrent du temps pour ne rien faire quand la vie nous contraint à l'action permanente. L'insomnie c'est reposant !
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Lise (TDM)Il y a 1 mois
"L'insomnie c'est reposant !" : ah ah ah, ce n'est pas faux ;)
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SandraIl y a 1 mois
Très joli texte ! Je ne souffre pas d'insomnie, mais ma vie éclate en morceau en ce moment, et tu as raison, il n'y a pas de règles à suivre, que des chemins à inventer !
Merci pour ces mots encourageants !
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Lise (TDM)Il y a 1 mois
Chère Sandra, je t'envoie plein de courage pour réussir à gérer ce que tu traverses en ce moment. Je t'embrasse
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SandraIl y a 1 mois
Merci Lise, ta réponse me touche beaucoup !
Voire le positif, c'est certainement le secret :)
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CarolineIl y a 1 mois
J'adore l'idée d'expérimenter les choses de manière absolue... Mais je vis une période difficile et ne vois pas très bien comment faire face aux angoisses qui m'assaillent sans cesse et changent mon comportement face aux autres...
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Lise (TDM)Il y a 1 mois
J'imagine que tu as déjà essayé d'aller trouver de l'aide auprès de personnes compétentes pour gérer tes angoisses... Si non, je ne saurais que trop te le conseiller. Dans tous les cas, prends bien soin de toi chère Caroline.
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JulietteIl y a 1 mois
Merci, Lise, pour cet article.
Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours eu des problèmes de sommeil.
Au bout de longues heures à me tourner et me retourner dans le lit, le sentiment de rage aveugle, de désespoir, d'inquiétude en pensant à la sonnerie du réveil qui s'approche...le ressentiment même, contre le conjoint qui lui dort tranquillement depuis qu'il a posé sa tête sur l'oreiller... s'accumulent et achèvent de transformer cette expérience en cauchemar.
Alors que si l'on change de point de vue et que l'on voit l'insomnie comme une occasion de voler un moment pour soi, on sort gagnant finalement de cette épreuve. Je tâcherai de m'en inspirer :)
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Lise (TDM)Il y a 1 mois
Je suis d'accord, l'insomnie peut vite virer au cauchemar ... J'espère que cela ira mieux la prochaine fois :)
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Chelbabi wassila Il y a 1 mois
Merci douce Lise pour ce si beau texte, je le ferai lire à ma soeur qui souffre d'insomnie et qui le vit si mal, je suis certaine que ça lui fera du bien.
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AnnieIl y a 1 mois
Je suis réveillée depuis 4h du matin... 3 h57 pour être précise ;-), et après avoir tourné pendant plus d'une heure dans mon lit, je finis par me lever et me faire un thé à la vanille. Je suis confortablement installée sur mon canapé avec un plaid pour me réchauffer. Ces réveils intempestifs, je connais bien, mais ton article va sûrement m'aider à les appréhender différemment, à mieux les vivre.... Je suis à un tournant de ma vie professionnelle qui me bouscule. C'est mon choix, mais ce choix va me conduire à m'éloigner pendant un temps géographiquement de mon fils et de mon conjoint, avec des sacrifices à faire... Pas toujours évident tout ça... et ça joue donc aujourd'hui sur mon sommeil.
Ton article qui se conclut avec cette note positive me fait du bien.
Autant je viens chercher ici des articles sur la mode, autant tes articles plus personnels sont de vrais petits bonheurs à lire. Je te le disais récemment, et ça se confirme encore aujourd'hui.
Bon allez maintenant que j'ai eu ma petite bulle à moi, il va être temps de se préparer pour entamer cette journée !

Belle journée à toi Lise !
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Lise (TDM)Il y a 1 mois
J'espère que ta journée n'a pas été trop dure à gérer après cette très courte nuit... Je t'embrasse
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SarahIl y a 1 mois
Tu as raison, très bon choix.
C'est un poison :/ .
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léontineIl y a 1 mois
c'est beau ce que tu écris. J'ai la chance de ne pas avoir d'insomnies fréquentes mais nous avons tous notre lot de casseroles à traîner et ta conclusion me fait du bien...
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Lise (TDM)Il y a 1 mois
Merci Léontine :)
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SarahIl y a 1 mois
Quel soulagement cet article, merci Lise...
Moi aussi je souffre de sévères insomnies depuis très longtemps qui se manifestent selon les périodes.
Après avoir longtemps pris des somnifères je suis allée voir un médecin spécialiste du sommeil qui m'a dit d'arrêter. Le consulter n'a pas effacé totalement mes insomnies mais ça m'a aidée un peu...
Vraiment super cet article, merci encore, il va m'aider.
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Lise (TDM)Il y a 1 mois
Les somnifères... Je n'ai jamais voulu essayer. Je pense que si l'on peut s'en passer c'est plutôt une bonne chose :)
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miss agnesIl y a 1 mois
Chère Lise, comme toi, j'ai appris à devenir amie avec ma meilleure ennemie, l'insomnie. Elle se fait surtout sentir juste avant mon cycle, mais frappe de temps en temps quand je ne l'attends pas. Avec le temps j'ai appris à ne plus lutter, à me lever et profiter de ce temps volé sur le quotidien, entre films, tricot, lectures et autres. Certes, le petit matin est un peu dur mais pas toujours, Le manque de sommeil donne une autre saveur aux journées, et s'accompagne souvent d'un sommeil délicieux le soir suivant.
Je pense que les gens les plus créatifs sont insomniaques. J'ai appris à aimer ces moments décalés. Je travaille de chez moi et je peux organiser mon temps comme je le veux, heureusement. Du coup, l'angoisse du lendemain s'est envolée. Profites bien de tes nuits. Bises.
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AlineIl y a 1 mois
Quelle belle façon d'appréhender les choses "désagréables".
Il faut positiver même si ce n'est pas toujours évident.
Merci pour ce bel article !
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LobeIl y a 1 mois
Je suis assez coutumière de réveils non sollicités aux aurores (4h, 5h). Idem, j'adore pâtisser, dessiner, lire, vagabonder. Cette nuit d'orage, mon corps a refusé le sommeil entre 1h et 4h, de quoi avoir l'occasion de découvrir la chanteuse Lynda Lemay, de me replonger dans le très bel album de Sufjan Stevens, tout en me rappelant l'anniversaire d'une cousine et la nécessité d'envoyer un colis d'Halloween à une amie. Oui, la journée qui suit est plus cotonneuse, mais j'aime de plus en plus ces moments hors du temps.

Merci du beau texte!
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Val de BruxellesIl y a 1 mois
Je partage mon expérience non pas d'insomnie mais plutôt par rapport à cette petite phrase " mon petit écolier n'acceptant toujours pas de croquer dans le moindre fruit". J'ai eu la même expérience avec le mien, dès qu'il a pu manger, il a recraché les fruits, aucun fruit ne passe dans sa bouche et on a un peu tout essayé (il est le troisième d'une fratrie) Ses sœur aussi voulaient qu'il mange des fruits mais non; ni en compote, ni en jus, ni cuit, ni cru, ni confiture, ni bonbons aux fruits, ni milkshake, ni glace ... rien absolument rien !
Au final j'ai laissé tombé en me disant qu'il était peut-être intolérant aux fruits et que son corps les refusait (ma mère déteste les fruits aussi).
Je lui faisait même des mots disant qu'il était allergique pour qu'on ne le punisse pas pendant les voyages scolaires.
Maintenant il a 16 ans il mesure 1m90 est très sportif (il joue au hockey sur gazon), réussi très bien à l'école et a une excellente santé ... une preuve vivante en fait qu'on peut très bien vivre sans fruit :-) sois rassurée ! Bisous
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Lise (TDM)Il y a 1 mois
Merci Val, cela me rassure un peu :)
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matchingpointsIl y a 29 jours
Nous connaissons aussi ces moments (heureusement pas au quotidien !)
Il est vrai si l'on arrive à dépasser le stade de l'angoisse, ce sont de moments privilégiés d'intimité. Restons positives...
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