Diet Prada, le poil à gratter du fashion system

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Si Instagram peut servir à admirer le décor mirifique d'une présentation presse, à suivre le voyage idyllique d'une top model en goguette aux îles Fidji ou encore à dénombrer les cadeaux déguisés en réel coup de coeur de la dernière influenceuse en vue, il permet également à certains de porter un regard attentif et critique sur les mécaniques créatives du fashion system...
Diet Prada
Aimer la mode ne se résume pas à arpenter les allées du Corso Como à Milan, du Webster à Miami ou de l'Éclaireur à Paris. Aimer la mode, c'est également savoir exercer son esprit critique - à l'instar de Tony Liu et Lindsey Schuyler, le duo se trouvant derrière le compte Instagram "Diet Prada" - afin de déjouer les tours de passe-passe auxquels se livrent régulièrement ceux qui font battre le pouls des saisons fashion.

Ici, les photomontages se passent de commentaires : nul besoin d'être Suzy Menkes ou Cathy Horyn pour comprendre que Richard Quinn a dû visionner plus d'une fois les dernières collections Balenciaga avant d'imaginer le vestiaire qu'il présenta récemment à la Reine (voir ici), ou pour réaliser que la griffe new-yorkaise Vaquera a fâcheusement tendance à aller piocher ses idées dans les archives des designers japonais (voir ici et ).

En mettant en exergue l'existence de ces gémellités visuelles, le duo tend à démontrer que dans un univers où l'image est reine et où les sources se perdent rapidement au fil des "pins", les créateurs ont fini par être contaminés par un virus que l'on croyait réservé aux bureaux de style de la fast fashion, à savoir celui de la copie.  

Et si la propagation de ce virus s'explique au moins en partie par le rythme infernal auxquels sont actuellement soumis les designers (contraints de fournir sans cesse de nouvelles idées pour nourrir les innombrables collections dont ils ont la charge, certains finissent par céder à la tentation d'aller piocher chez leurs concurrents directs, chez des jeunes créateurs encore inconnus ou au sein du patrimoine laissé par les grands couturiers), elle n'en est pas pour autant légitime.
Diet Prada
Or, avant que Diet Prada ne rentre en action, ce genre d'imposture stylistique n'était que très rarement relevé ou pointé du doigt. De temps en temps, une rédactrice de mode chuchotait à l'oreille de sa voisine que telle ou telle jupe lui évoquait un modèle Mugler de 1984, mais cela allait rarement au-delà. Si bien que la gent fashion se sentait si ce n'est autorisée, tout du moins tacitement encouragée à troquer régulièrement la fonction "créativité" de ses équipes contre de simples "copier-coller".

Une impunité qui se voit aujourd'hui considérablement remise en question par la pertinence - doublée d'une sérieuse culture mode - de ce compte Instagram que les professionnels de la mode suivent avec gourmandise. Il sera en effet peut-être désormais plus compliqué pour Virgil Abloh de "s'inspirer" de la coupe d'une veste McQueen ou pour Raf Simons de téléporter la création d'un autre au sein de ses collections, sachant qu'ils sont désormais observés à la loupe.

Reste à savoir si face à leur succès grandissant et à leur envie de faire évoluer leur business, Tony Liu et Lindsey Schuyler parviendront à conserver leur fraîcheur, leur indépendance et leur impertinence. Une question que l'on est en droit de se poser au vu du récent et très intelligent "coup" de Gucci qui, attaqué par Diet Prada, a su retourner la situation à son avantage en confiant au duo les "stories" de son compte Instagram à l'occasion de son show printemps/été 2018…
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Par Lise Huret, le 02 avril 2018 dans Analyses
10 commentaires
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RouletabilleIl y a 11 mois
Très très intéressant cet Instagram, j'adore ce type d'observation pointue. Malheureusement la fin n'encourage guère à l'optimisme ..
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Réré Il y a 11 mois
Plombant ,tout ça.
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VictorIl y a 11 mois
J'ai fini par me désabonner: de plus en plus de posts politisés, et parfois un peu trop pressés de dénoncer certaines similarités en dépit de certaines précisions indispensable avant de jeter un nom en pâture (voir le post Richard Quinn et le commentaire de Susie Lau).

Mais dans l'ensemble rafraîchissant!
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lisou38Il y a 11 mois
C'est vrai que depuis qu'ils ont attend un certain nombre d'abonnés, ils mettent autre chose que des plagiats mais de ce que je me souviens les posts politisés allaient toujours dans le bon sens, quels posts te gênaient ?
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CatherineIl y a 11 mois
J'ai vu ça effectivement, y a des posts où le plagiat n'est pas tellement évident, et puis certains où... disons pas tellement le post, mais la discussion dessus, je ne sais pas si je les qualifierais de "politisés" mais ils se tapent pas mal dessus.

De toute façon la mode emprunte beaucoup à d'autres milieux de façon assez superficielle, réduisant à une ambiance ou à une esthétique des choses qui ont un certain ancrage culturel, une histoire, des gens qui bossent dessus depuis des années. Le milieu me semble assez dénué de scrupules, au point que je me sens presque naïve à le faire remarquer.
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jickyIl y a 11 mois
ah ouais, gros foutage de gueule de la pseudo nouveauté du monde la monde, tout de même... Et des qui copient pas DU TOUT, y en a quand même? Chanel peut etre?
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lisou38Il y a 11 mois
L'un des comptes IG les plus distrayant du moment je les suis avec délice depuis l'année dernière !!
Les clash avec Vaquera et Dolce sont hilarants !
C'est cependant vrai que certain plagiat comme Richard Quinn méritent d'être expliqué (il me semble qu'il avait fait des tenues "all over print" en soie avant que Demna prenne l'idée pour Balenciaga...)
Je crois qu'il y en a même un autre compte qui répertorie des plagiats venant de collections plus anciennes mais j'arrive pas à mettre la main dessus.
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miss agnesIl y a 11 mois
Je fais la même chose sur mon blog depuis un moment déjà. Avec le tag "res(s)emblance", je mets en parallèle les nouveautés knitwear et les patrons de pulls qui leur ressemblent fortement. Le plus souvent, les patrons des magazines tricots ont été publiés avant leur copie prêt à porter/runway/éditorial mode. Coïncidences ? Ou bien l'air du temps ? Quand l'inverse se produit, l'influence est en général clairement documentée.
Sinon, le blog irebrenation soulève depuis un moment déjà les problèmes de plagiat au sein de la mode, pour ceux et celles qui s'intéressent de plus près au sujet.
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Jean PrivéIl y a 11 mois
Bonjour,

ce compte est en effet très intéressant et il est important qu'il continue à vivre de façon indépendante.

Cependant malheureusement il y a des erreurs. Par exemple pour Richard Quinn, c'est complètement l'inverse. Le jeune créateur fait cela depuis ses études, il a même fait des silhouettes similaires pour son défilé de fin d'année, bien avant que Demna ne commence chez Balenciaga. Donc la copie est plutôt en sens inverse et Richard Quinn paye les frais d'être moins connu que Demna et on le pointe de copieur car on ne connait pas son travail des débuts.

Il faut faire extrêmement attention donc car même vous par exemple, relayez cette information qui n'est pas juste pour le jeune créateur.

Bien à vous,

Jean
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....Il y a 11 mois
Mouais...
Si non, il y'a TheFashionSpot qui a une discussion dédiée à la chose depuis de nombreuses années avec des ressemblances plus pertinentes.

J'aime l'idée de Diet Prada mais bon, le clash avec Stefano Gabbana et une culture mode relativement limitée ont eu raison de moi.
Si on se réfère à Diet Prada, la mode a commencé dans les années 90 avec Margiela et Lang. Certes, Margiela reste une inspiration constante dans le monde de la mode mais bon, Gianni Versace, Jean Paul Gaultier, Mugler, Montana, le Chloé de Lagerfeld et tant d'autres choses ont inspirées notre mode contemporaine.

Et je trouve leurs articles plutôt cléments avec Demna.
Donc, bon!
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