Il en va des modes sur Instagram comme des goûts alimentaires des enfants : elles viennent, s'installent pendant un temps, puis disparaissent. Passage en revue de celles ayant impacté ces derniers mois la communication des influenceuses en vogue…
Conserver son équilibre au sein d'une société déréglée, entre chaos géopolitique, tempêtes hormonales et fluctuations boursières, n'a rien d'aisé. Heureusement, lampadaires, murs, commodes et autres rampes d'escalier sont là pour offrir un soutien - aussi bien physique que moral - à celles qui font vibrer la fibre acheteuse des wannabe fashionistas (voir ici, ici, ici, ici, ici, ici et là). Certains gimmicks stylistiques ont la durée de vie de la mousse d'un mauvais cappuccino, mais toutes ne l'ont pas encore intégré (voir ici et là). Oubliées les émissions de particules fines : la voiture est devenue un élément de décor aussi légitime qu'un lagon bleu turquoise, qu'un lit blanc moelleux ou qu'une cheminée crépitante. Attention : pour que la magie opère, le véhicule doit être soit ancien, soit joyeusement coloré, soit extrêmement luxueux, soit esthétiquement pragmatique. Peugeot 206, s'abstenir… (voir ici, ici, ici, ici et là) Égayer le mobilier urbain en s'y perchant comme un oiseau facétieux sur sa branche : telle semble être la nouvelle mission des influenceuses. On soupçonne un partenariat avec les municipalités… (voir ici, ici, ici, ici et là) Afin de rompre la monotonie des carrousels, on superpose désormais du texte aux images. Intéressante à l'origine, l'idée s'est rapidement vidée de sa substance en devenant une tendance. Cela n'empêche cependant pas les instagrammeuses de la pratiquer allègrement. Le sens du texte ? Peu importe. Seul l'effet graphique compte (voir ici, ici, ici et là).
Le téléphone placé devant le visage reste l'allié "beauté" le plus efficace : il fait disparaître les rides, lisse le teint et atténue les poches sous les yeux (voir ici et là). Prêter allégeance à la marque Sézane (voir ici, ici, ici, ici et là). L'autodérision et le naturel affiché sont devenus les nouvelles clés pour plaire aux marques, désormais en quête de fraîcheur et de légèreté. Résultat : les poses prises "sur le vif" se multiplient, là où, il y a encore quatre ans, les influenceuses tentaient de reproduire les airs boudeurs des filles en couverture de Vogue. Pour fonctionner, ladite photo doit être légèrement floue et mettre le modèle 10% moins à son avantage que d'ordinaire (voir ici, ici, ici et là). Les observateurs s'avouent légèrement inquiets face au potentiel conflit à venir entre les créatrices de contenu et les pigeons (et autres volatiles adeptes des balcons) (voir ici, ici et là). Choyées par les marques, adulées par leurs petites soeurs et accueillies gracieusement dans des décors de rêve calibrés pour Instagram, les influenceuses ressentent parfois le besoin pressant de se heurter à la réalité, de se mettre en danger. Certaines n'hésitent ainsi pas à défier la gravité, à empoigner un gobelet de café brûlant à gants nus ou encore à laisser traîner le bout de leur écharpe sur un trottoir riche en résidus de déjections canines (voir ici, ici et là). Dévoiler son intimité, se montrer dans des moments moins contrôlés, suscite volontiers la sympathie. En revanche, les mises en scène façon "tête plongée dans le gâteau à la chantilly, version Mrs. Doubtfire" ne provoquent pas grand-chose, si ce n'est le réflexe de scroller plus vite (voir ici et là).
L'analyse psy du comportement schizophrénique de celles qui cultivent une ligne de liane tout en photographiant régulièrement les nourritures les plus densément caloriques reste à écrire (voir ici, ici, ici et là). Le sac à main : le nouvel accessoire fitness outdoor ? (voir ici). Les années passent, les tendances trépassent, mais le lever de jambe reste. Apparemment, ridicule et pérennité ne sont pas antinomiques (voir ici, ici et là). Dévoiler sans subtilité un corps sculpté par des séances quotidiennes de yoga, de pilates reformer et par quelques sessions d'EMSculpt n'est plus dans l'air du temps. Aujourd'hui, tout l'enjeu consiste à montrer le résultat de ses efforts via une fausse inadvertance : une chemise qui s'envole, une photo de famille, un moment de détente (voir ici, ici, ici, ici et là). Les baristas continuent de croire que la Saint-Valentin dure 365 jours, et certaines continuent de les y encourager (voir ici). Après avoir connu un pic de popularité au milieu des années 2010, puis s'être galvaudé vers 2023-2024, le selfie devant le miroir de son ascenseur - ou liftie - est à nouveau en vogue. Il faut dire que rien ne vaut une petite parenthèse narcissique avant d'entamer sa journée… (voir ici, ici, ici, ici, ici et là)
Renouveler ses poses lorsque l'on poste quotidiennement n'est guère aisé. Or, si la plupart ne paraissent pas trop affectées par ce stress, d'autres semblent quelque peu fragilisées par cette injonction professionnelle… (voir ici, ici et là) Le coffee shop reste le lieu privilégié des shootings photo faussement "sauvages" (voir ici, ici et là). Les bars sont quant à eux moins fédérateurs. Plus consensuel qu'une cigarette, le gobelet de café reste le plus efficace "donneur de contenance". Pour autant, il n'en demeure pas moins d'une banalité affligeante ; d'où les efforts déployés pour lui donner un semblant de singularité (voir ici, ici et là). En parallèle, on remarque la montée en puissance des tasses non jetables dans les récents clichés des filles en vue (voir ici, ici et là). Rien de plus efficace pour booster ses défenses immunitaires que de s'accroupir ou de s'asseoir sur le sol des endroits publics (voir ici, ici et là). À suivre… Documenter son amour de la littérature et son besoin de lire la presse continue de faire recette (voir ici et là), tout comme les clichés pris aux abords d'éléments liquides tels que la piscine d'un hôtel ou une plage léchée par les vagues (voir ici et là).
Par Lise Huret, le 20 février 2026
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40 commentaires
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Mireille •Il y a 1 mois
Ah Lise, tu m as fait pleurer de rire ce qui est un véritable tour de force vue l actualité ambiante🤣🤣🤣🤣. Ton ecriture...quel talent! MERCI ❤️
Les postures improbables ,les squattages de trottoirs et passages piétons etc c'est vraiment le must du ridicule pour moi. Palme d'or pour le soulevé de jambe en se tenant le pied quand même celle là c'est une pépite 🤣Je n'arrive vraiment pas à comprendre ce qui leur plaît autant là dedans. Comment ne pas se rendre après coup en choisissant les photos que c'est juste très étrange et pas joli 🤦🏻♀️🙄🙄🙄 et en plus ça ne met même pas les tenues en valeur ! Mais au moins on rigole allez on va se dire ça !
Lise, toi qui a l'oeil plus expert que moi, peux-tu me confirmer qu'il s'agit surtout d'influenceuses urbaines ? Ça me saute aux yeux maintenant que je vis à la campagne : le décor est souvent cosmopolite (trottoirs, cafés) ou alors nature-grandiloquente (plage de rêve, piscine d'hôtel de luxe ...) !
Mais il y a peut-être des influenceuses qui portent des vraies tenues adaptées à une vraie vie en campagne / périphérie ? On peut toujours rêver
Pointer les tics modeux avec autant d'humour, quel art!
Mon trio gagnant d'overdose : les photos dans l'ascenseur, s'asseoir dans les caniveaux ou autres lieux aussi dégueulasses, les cappuccinos pour occuper les mains et faire cool.
Merci, Lise. Comme dit Adeline: you made my day!
"à gants nus". Quel fou-rire en lisant cette expression. Mais bon, un post en maniques de cuisine pour tenir son gobelet en pleine rue, aucune de ces brillantes instagrameuses n'y a pensé jusqu'à présent !
Ah oui, c’est vrai que j’avais récemment analysé un de ses looks. Il faut dire que ce dernier valait le coup 🙂 Mais ce n’est jamais méchant, alors le terme « me payer » quelqu’un n’est pas vraiment bien choisi.
... votre besoin de nouvelles lunettes s'explique parfaitement à le lecture de ce très bon texte ... vos yeux doivent être effectivement fatigués et secs après ces défilements de "perruches" pas toujours inspirées ... vous faites preuve d'un courage et d'une patience que je n'aurais jamais ...😉😉😉
La palme c'est quand même cette petite moue boudeuse, pseudo 'dans la lune', assise sur un potelet urbain... alors la jeune fille doit surtout se dire 'j'ai mal au c** !'
Je ne sais pas ce qui est le plus consternant. Il n'y a rien à sauver. Pas une fringue, pas une pose, pas une photo dont on se dise même, OK, ça, c'est mignon - à la limite. Sur une des photos on dirait que la fille est en train de ch*** au milieu de la rue. Tout ça est un grand asile psychiatrique à ciel ouvert. La vacuité de ces photos est sidérante. J'aimerais savoir ce que les hommes en pensent, je veux dire, des 30-40 ans. Au-delà, ils regardent ça avec consternation la plupart du temps.
Je me dis que tout ça n'est pas grave si, et seulement si, ce n'est qu'un passage avant de retourner à la vie réelle.
???? Pourquoi faire le lien avec ce que pensent les hommes ?
Ils ne se posent pas constamment la question de ce que pensent les femmes quand ils jouent a la PlayStation ou pratique une autre activité tres mâture ...
Je suis très critique sur ce que portent les hommes. Ceux que je connais ne jouent pas à la playstation ;)
Comme je suis très critique sur leur look, je trouve que leur avis sur nos fringues est intéressant.
Je suis d'accord avec @Eve. Oui, l'avis des hommes qui nous entourent est intéressant.
Je ne vois pas en quoi il est nécessaire de les disqualifier, et surtout de les essentialiser.
Le truc dingue c'est quand même Sézane. Pas une marque si gênante en soi mais le décalage entre le storytelling et le marketing d'un côté et la qualité des fringues de l'autre est incroyable. Qualité pas seulement en termes de matière mais de coupe, d'originalité, de justesse etc...
C'est du kookaï amélioré qui est vendu comme du Isabel Marant.
Et donc elle a réussi à se payer Garance Doré, ce qui est un très beau coup de sa part. Mais ce sont 2 femmes 2.0 des années 2000, elles se ressemblent dans le fond.
En tout cas, je suis pour les selfie dans les ascenseurs, femme des années 2010 je suis.