Pour ou contre les lunettes de soleil oversize Celine ?
Aperçues récemment sur les nez de bon nombre d'influenceuses, les lunettes seventies de chez Celine font renouer la mode avec le concept de « must have ». Reste à savoir si, pour autant, cet accessoire aux proportions plus que généreuses mérite vraiment d'être désiré…
Pour
Elles donnent immédiatement du caractère au visage. Elles sont tellement impactantes que le vêtement que l'on porte passe presque au second plan. On peut alors faire extrêmement simple : longue robe fluide, short et tee-shirt, robe liquette… On ne voit que les lunettes. Elles injectent immédiatement une dose non négligeable de mystère à celles qui les portent. Pas un mystère à la Mata Hari ; quelque chose de plus glamour, de plus Ray Bradbury. Elles vous transforment en ce genre de femme qui semble arriver d'un autre système solaire et n'en a que faire d'être en retard. Elles sont plus efficaces qu'une DeLorean pour voyager dans le temps. Il suffit ainsi de les enfiler pour se retrouver au coeur des années 70, quelque part entre les portes du Studio 54, une boutique Diane von Furstenberg et la projection du premier Star Wars. Elles protègent du soleil, mais font aussi office de masque social. Elles créent en effet instantanément une distance avec ceux qui leur font face. Idéal pour se préserver des mauvaises ondes d'un banquier peu compréhensif, d'une amie ayant laissé filer le sac de ses rêves sur Vestiaire Collective ou encore d'un enfant de deux ans découvrant avec délice le pouvoir du « non »…
Dissimulant un bon tiers du visage, elles se révèlent souvent plus efficaces que n'importe quel pot de crème Elizabeth Arden pour estomper les traces des nuits trop courtes, des jet-lags à répétition et des syndromes prémenstruels qui n'en finissent plus. Avec leur allure empruntant autant à Willy Wonka qu'au personnage de Pénélope dans La Piscine, elles donnent envie de s'inventer une autre vie, d'adopter de nouveaux goûts, de nouveaux rituels. Le temps d'un Diabolo menthe savouré au soleil. Avec leur extravagance policée, elles incitent les passants à broder autour de votre personnage. Une femme portant de telles lunettes a forcément grandi dans un planétarium, cultive des roses anciennes dans son réfrigérateur, élève des fourmis dans des boîtes en cristal Baccarat et considère le Bloody Mary comme une boisson parfaitement acceptable au petit-déjeuner. Ces lunettes ont cette capacité assez rare de réussir à transformer une tenue « catastrophe » en parti pris esthétique. Un vieux pull enfilé à la va-vite, une chemise froissée, un jean trop grand, un tee-shirt lâche, un gilet aux manches trop longues, une robe nuisette un peu trop boudoir : avec elles sur le nez, tout semble soudain assumé. Elles font croire que le négligé est volontaire, que l'usure est maîtrisée, que le « à moitié propre » relève du trait d'esprit.
Contre
Elles sont susceptibles d'avaler complètement le visage. C'est leur force, mais aussi leur faiblesse. Sur certains visages, elles prennent toute la place. L'effet se révèle alors plus spectaculaire que flatteur. Ce ne sont pas des lunettes neutres. Il faut une certaine assurance pour les porter sans qu'elles prennent le dessus. Sur quelqu'un qui n'assume pas leur côté spectaculaire, elles peuvent générer une impression de déguisement. Accompagnées d'atours un brin grandiloquents, elles convoquent instantanément l'image d'une sexagénaire multimillionnaire en fugue à Saint-Tropez. Elles peuvent, du fait de leur monture imposante, faire fuir ceux qui auraient aimé vous aborder. À l'instar de ce libraire échevelé follement amoureux de vous, de ce voisin âgé qui songeait à vous coucher sur son testament ou de cette adolescente prête à vous abandonner ses macarons à la mandarine… Devenues en quelques semaines un accessoire « must have » sur Instagram, elles ont perdu, à force d'être portées, photographiées et likées, une part de leur mystère. Leur audace se trouve alors gommée par l'effet moutonnier de la tendance. Appelées à singulariser celles qui les portent, elles finissent ici par les uniformiser. Avec leurs grands verres sombres, elles peuvent donner au visage une étrangeté presque kafkaïenne, comme si Jackie O. avait entamé sa métamorphose.
Bilan
Si vous avez suffisamment de caractère pour les assumer, si vous n'êtes pas secrètement amoureuse de votre libraire, si vous êtes allergique aux robes à froufrous, si votre visage n'est ni minuscule ni très rond et si leur côté fashion victim ne vous effraie pas, alors oui : les lunettes imaginées par Michael Rider sont peut-être faites pour vous.
Pour se déguiser en sauterelle ou fourmi, c’est ce qui m’attend avec mon visage émacié anguleux , j’aime trop mes pommettes saillantes pour les cacher ;)
Absolument contre. La stratégie consistant à submerger les influenceuses avec ce modèle n'a qu'un but et un seul, purement commercial : que les "influençables" se précipitent sur ce modèle hors de prix. Je ne marche pas !