4 vêtements de cinéma à porter dans la vraie vie
Moins fracassants que leurs confrères qui défilent sur les podiums, les vêtements de cinéma sont parfois, paradoxalement, bien plus impactants. Parce qu'ils vivent sous les yeux du spectateur et participent à nourrir la personnalité d'un personnage, ils gagnent en force et en désirabilité. Ils permettent aussi de comprendre pourquoi telle ou telle pièce a le pouvoir de sublimer l'allure. En voici quatre qui m'ont particulièrement marquée.

La chemise de Jean Seberg dans "Bonjour Tristesse"
ADN
Une chemise d'homme en chambray trop grande. On peut distinguer un "R" brodé sur la poche gauche, ce qui laisse penser que cette chemise appartient à Raymond, le père de Cécile dans le film d'Otto Preminger.
Pourquoi ce vêtement me plaît particulièrement
Ce qui me frappe dans cette chemise, c'est moins sa coupe que la manière dont elle accompagne le personnage. Elle est tour à tour chemise de plage, surchemise légère, protection contre le soleil, prolongement du maillot de bain… (voir ici, ici, ici et là). Nouée sur le devant, ouverte, portée avec un short, les manches roulées ou simplement laissée libre, elle accompagne Cécile sans jamais sembler préméditée.
Sa force vient précisément de là : ce n'est pas une pièce pensée pour produire un effet, mais une pièce habitée. Trop ample pour être strictement jolie, trop présente pour être neutre, elle devient une sorte de doudou vestimentaire, un vêtement-compagnon. On peut y lire quelque chose du rapport au père, de cette dépendance affective qui traverse le récit de Sagan.
Cette chemise rappelle qu'un vêtement n'a pas besoin d'être parfait pour avoir de l'allure. Lorsqu'il est chargé d'une histoire, d'un lien ou d'une mémoire intime, il cesse d'être un simple vêtement : il devient une manière d'être.

La robe noire de Romy Schneider dans "Le Train"
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Une robe noire d'une grande simplicité : avec ses manches courtes, son col ouvert, sa taille légèrement marquée et sa longueur sous le genou, elle appartient presque à l'univers de l'uniforme. Le noir n'est ici ni mondain ni dramatique. Il est sec, net, pratique.
Pourquoi ce vêtement me plaît particulièrement
La robe est féminine, mais jamais apprêtée. Elle suit le corps sans le contraindre. Sur cette photo, elle se mue en robe d'été : simple, souple et sensuelle, mais sans être aguicheuse. Sur cette autre, elle change de registre. Elle paraît plus grave.
C'est justement ce qui la rend intéressante : elle devient ce que la scène - ou la vie - exige. Dans un moment de douceur, elle semble tendre, accessible. Dans un moment dramatique, elle devient austère, quasi tragique. Dans une scène de fuite, elle se fait fonctionnelle. Dans une scène plus intime, elle laisse affleurer une féminité plus sensuelle.
Le noir ne sert pas ici à faire « chic ». Il absorbe les émotions. Il peut évoquer tour à tour la pudeur, la peur, le deuil, la séduction ou la discrétion. C'est une couleur qui laisse le visage de Romy Schneider faire tout le travail. La robe s'efface suffisamment pour ne pas voler la scène à l'actrice, mais elle joue pourtant un rôle essentiel : celui de cimaise. Elle accueille les nuances du personnage, ses silences, ses tensions, sa fragilité.
C'est exactement le genre de vêtement qui fonctionne au cinéma, mais aussi dans la vraie vie : une pièce sobre, vivante, qui ne cherche pas à transformer celle qui la porte, mais à lui donner une présence.

La jupe blanche de Tilda Swinton dans "A Bigger Splash"
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Une jupe blanche, longueur sous le genou, au volume généreux, taillée dans un tissu assez fluide et travaillé en de nombreux godets, qui lui donnent à la fois de l'ampleur, du mouvement et surtout un très beau tombé (voir ici, ici et là).
Pourquoi ce vêtement me plaît particulièrement
Elle respire une féminité libre. On sent que cette jupe peut s'envoler dans un coup de vent, tournoyer lorsque l'on danse, puis s'assagir dès que l'on reste immobile. C'est le genre de pièce qui permet de passer d'un style à l'autre sans jamais perdre en naturel.
Elle est blanche, mais pas romantique au sens doux ou mièvre du terme. C'est un blanc plus solaire, plus franc, brutal. Un blanc qui a de la force. Probablement imaginée dans le cadre de la collaboration entre Raf Simons et la costumière Giulia Piersanti pour les tenues du film, elle a tout de la pièce couture : longueur sous le genou, taille marquée, ampleur, esprit New Look, godets, tombé. Mais elle est portée en mode « vacances ». Et c'est précisément cela qui fonctionne. Elle possède ce que Raf Simons savait si bien injecter chez Dior, et déjà chez Jil Sander : une couture plus sèche, plus moderne, plus pragmatique.
Pourtant, aussi élégante soit-elle, cette jupe ne semble pas destinée aux seuls événements mondains. On a envie de la voir vivre. Et cela fait réfléchir : nos pièces les mieux coupées ne sont pas faites pour rester sous une housse. Elles sont appelées à partir en vacances avec nous, à accompagner nos gestes, nos déplacements, nos journées ordinaires. C'est peut-être là que le vêtement atteint sa vraie beauté : lorsqu'il cesse d'être seulement admiré pour commencer à être vécu.

Le châle de Meryl Streep dans "Out of Africa"
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Un grand châle rectangulaire imprimé. Il semble souple, assez léger, probablement en cachemire ou dans un mélange de fibres naturelles. Ses motifs et ses franges noires évoquent un châle ancien, à mi-chemin entre l'étole de voyage et la couverture légère de nomade (voir ici et là).
Pourquoi ce vêtement me plaît particulièrement
Le porté d'une pièce est souvent dicté soit par le pragmatisme, soit par la tendance. Ici, c'est clairement le pragmatisme qui pousse Karen Blixen, incarnée par Meryl Streep, à nouer son châle ainsi : il ne s'envolera pas, il la réchauffera et elle restera libre de ses mouvements.
De ce geste presque utilitaire naît pourtant une vraie silhouette. Le châle habille une tenue aux tons sages et vient réveiller l'ensemble. Ce look safari, assez strict, gagne alors en féminité et en mystère. Mais tout cela se fait naturellement.
C'est d'ailleurs ce qui rend ce châle intéressant : il n'est pas porté pour « faire joli », mais bien parce qu'il sert à quelque chose. Et c'est lorsqu'un accessoire est utilisé de manière utile, personnelle, instinctive, qu'il devient paradoxalement un véritable accessoire de mode.
Par Lise Huret, le 08 juin 2026
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J'adore aussi le look de Valeria Golino dans le film "Respiro"