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Les carnets de bord

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Vendredi 6 février 2026

Divorce hypoglycémique / mensonge enneigé / valise minimaliste

Vendredi

9h10 - Je fais défiler les pages d'un e-shop à la recherche d'une pièce qui me permettra de compléter le conseil sur lequel je travaille. Soudain, les rayures délavées d'un tee-shirt retiennent mon attention. Je scrolle, puis reviens en arrière. Prada. 750 euros. Irréaliste. Peu importe. Ce qu'il m'enseigne est gratuit : caramel délavé, blanc et rose chiné sont faits pour vivre ensemble.

11h - Le bruit de mes doigts pianotant sur le clavier m'agace. Le vent qui souffle au dehors depuis plus de dix jours m'hérisse les neurones. La voix de Julien me donne des envies de fuite au Népal. Mais avant de réserver un aller simple pour Katmandou, je sais qu'il me reste une chose à tenter : manger une banane. Je m'exécute. À peine une minute plus tard, je m'apaise. On ne prend pas suffisamment en compte la responsabilité de l'hypoglycémie dans le taux de divorce actuel…

Samedi

7h - J'ai la gorge sèche et le regard ébloui. L'arête grenelée des montagnes est auréolée d'une fine couche violette. Je sais que cela ne va durer qu'un instant, que le soleil se lève vite, alors je ne bouge pas. J'oublie que je suis pieds nus sur la terrasse du chalet et qu'il fait moins treize. Je bois la beauté qui s'éveille.

7h15 - En attendant d'aller enfiler mes bottes de ski - un moment toujours douloureux pour le pied gauche, apparemment moins flexible que son jumeau - j'effectue ma veille quotidienne. Face aux seins défiant la gravité d'une invitée au défilé Valentino, je me dis que le charme naît de l'imperfection et que la beauté sans charme n'a qu'un intérêt très limité. Je me perds ensuite en suivant les coups de ciseaux précis des artisans de la marque indienne IKAI. Les fenêtres qui apparaissent m'évoquent celles du poème de Baudelaire. Puis je découvre le propriétaire du surf shop où j'achète mes planches, montrant la nouvelle physionomie de notre plage post-tempête. Il est temps de réveiller mon fils et d'aller tester les pistes.

11h - 3005 mètres, chantilly glacée à perte de vue.

16h - Mes doigts encore blancs - la double couche de gants et les chaufferettes restent impuissantes face au syndrome de Raynaud - enserrent une généreuse tasse de chocolat chaud. Je n'en bois généralement jamais, mais là j'ai envie d'accompagner Charles. Enfoncée dans un fauteuil en cuir trop mou du lounge de notre hôtel, je le vois repêcher d'un air franchement dégoûté les chamallows qui flottent à la surface du sien, en esquissant un petit sourire désolé vers le barman qui croyait lui faire plaisir. Mon fils a toujours été réfractaire aux bizarreries alimentaires. Je pense qu'il n'a jamais mangé un bonbon de sa vie…

20h10 - Chaussée totalement verglacée. Regret de ne pas avoir aux pieds les Moon Boots hybrides de chez Moncler. 300 mètres en 20 minutes.

Dimanche

3h - Je heurte la table basse, confonds la porte du placard avec celle des toilettes et finis par trouver l'endroit que tout mon corps réclame. Plus jamais de steak tartare.

10h-17h - J'oscille entre sommeil douloureux et lecture de Shantaram. L'évocation olfactive des bidonvilles ne m'aide pas à aller mieux.

19h - « Est-ce que cette sculpture est à vendre ? ». Il y a encore un mois, j'aurais répondu non. Mais hier, alors que je laissais mes skis prendre de la vitesse, j'ai décidé que j'allais à nouveau vendre mes sculptures. En dévalant cette montagne à la fois tendre et dangereuse, j'ai senti qu'elles étaient prêtes. Et que moi aussi. Le lendemain, je recevais ce message…

Lundi

9h - Je suis de retour sur les pistes. Hors de question de laisser les garçons aller skier seuls une journée de plus. La solitude ne me dérange pas, mais je préfère tellement être en leur compagnie... On me reproche souvent de ne jamais me séparer de mon mari et de mon fils. On suppose que je n'en suis pas capable. Voyager seule, je l'ai fait souvent, avant eux. Des expériences en solo, j'en ai eu beaucoup, avant eux. Aujourd'hui, ma liberté, c'est eux.

13h - Conversations entendues dans les télécabines :
« Tu bosses dans la région parisienne ? » « Oui, près de Bobigny, mais il n'y a rien de parisien dans le coin. Il y a une mosquée qui fait la taille de trois cathédrales. »
« J'ai super bien dormi cette nuit ! » « Tant mieux. Le petit s'est réveillé à 3h du matin, mais apparemment ça t'a échappé. »
« Ne jamais boire le dernier verre... »
« Il y a de moins en moins de neige et de plus en plus de gens. »
« Avant, je voulais une vie différente. Maintenant, je veux juste pouvoir dormir. »
« J'ai compté six bonnets de Joker. Moins que l'année dernière. »
« J'attends ce moment toute l'année pour me gaver de raclette, et il y a deux semaines, on m'a diagnostiqué une intolérance au lactose. Le ski sans la raclette, c'est comme Noël sans les cadeaux… »
« J'ai plus peur du télésiège que des pistes. »

18h12 - Cette petite tasse de Cyril Dennery n'est plus disponible. Les pièces uniques de cet artisan d'art sont des mondes en soi. La cuisson au bois de ses émaux donne à la céramique une vibration que peu savent atteindre. J'aimais cette tasse. Elle m'évoquait les rivières, la forêt, ainsi que mes fragilités. Une prochaine fois peut-être. Je crois beaucoup aux prochaines fois.

Mardi

4h - Le chalet tremble. Le vent rugit. Impossible de dormir.

7h12 - Je pensais jusqu'ici que les choix stylistiques et esthétiques de quelqu'un ne pourraient jamais affecter l'opinion que j'ai de lui. Marc Jacobs est en train de me faire douter…

9h38 - Télécabines à l'arrêt, détonations anti-avalanches qui se succèdent, brouillard qui descend, télésièges qui s'interrompent régulièrement (congelant vicieusement ceux qui s'y trouvent). On hésite. C'est notre dernier jour. On y va ? On décide d'attendre un peu.

10h54 - Cara Delevingne est passée au châtain. Signe de l'univers ? Magie de l'algorithme ? Communication extra-chakrienne ? Toujours est-il que je me demande depuis quelque temps si je ne vais pas abandonner mon blond et son entretien contraignant et revenir à ma couleur naturelle : le châtain. Je regarde les photos du passé. J'hésite. Il y a trop de rouge dans celui de Cara. Je consulte Charles et Julien. « Non, reste comme tu es ». Leur avis m'importe peu : les hommes ont horreur du changement.

14h38 - « C'est une bleue, maman ? »
« Oui »
Deux minutes plus tard : « Maman, t'es sûre, hein ? »
« Mais oui, allez, fonce »
Quatre minutes plus tard, Charles est par terre, les skis croisés.
« C'est dur quand même pour une bleue… »
Je commence à douter. Je vérifie les bâtons sur le bord de la piste. Oups. C'est une rouge.
« Oui, je suis certaine. Allez, continue mon amour, tu te débrouilles super bien… »

Mercredi

5h45 - Un jean, un pantalon de ski, un pull sympa pour le soir, un sweat pour skier, quatre tee-shirts, un collant, deux paires de chaussettes de ski, des sous-vêtements et un maillot de bain : j'ai tout porté, il ne m'a rien manqué. Deux valises cabine et un sac à dos pour partir au ski à trois. Pas besoin de plus.

En avant-première

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Tous les carnets

  1. 9oct.Articulations assouplies / tendre dédain / petit Yarles
  2. 2oct.Tout va bien / chaussons de maman / Starbucks mental
  3. 25sept.Dessert dans les airs / tee-shirt du Tour de France / légende personnelle
  4. 18sept.Rudesse théâtrale / vieux chewing-gum / acheteurs chinois
  5. 11sept.Souliers fermés / évidences creuses / galão mousseux
  6. 4sept.Diablotin familier / working girl du Colorado / théière d’hibiscus
  7. 28aoûtRacines noueuses / sergent instructeur / inaction doucereuse
  8. 20aoûtPremiers mots / échappée addictive / chewing-gum mâchouillé
  9. 14aoûtLièvre sous la baignoire / corps d’été / stress hydrique
  10. 1aoûtSauce bolognaise / arbres-cabanes / Vladimir Cosma
  11. 24juil.Réaction épidermique / jet privé / énergie liquide
  12. 17juil.Nessie en peluche / Highlander démystifié / bain à 13 degrés
  13. 3juil.La folle du SPM / vide nécessaire / envie de chocolat
  14. 26juinCap ou pas cap / poséidon altruiste / lézard farceur
  15. 19juinFrontières floues / nonchalance portugaise / aggravation aquatique
  16. 12juinCompte à rebours / mollet endommagé / sauvés par le gong
  17. 5juinPeine animale / tendre hésitation / grand tournevis
  18. 29maiFessier sacré / ange-poulpe / houle lutéale
  19. 22maiComtesse anglaise / orteils frétillants / camisole ouatée
  20. 15maiVerveine citronnée / paraboot trop petites / corps creusés
  21. 8maiBrouillard toxique / antre de Gattaca / créature bleue
  22. 1maiFine ligne verticale / frustration calculée / petites culottes au vent
  23. 24avr.Fous rires suisses / 95C / Paraboot indomptées
  24. 18avr.Naïveté capillaire / gilet réconfortant / distributeur de gruyère
  25. 11avr.Intrusion nocturne / corps bloqué / excitation collective
  26. 2avr.Pas de vagues / escargot dépressif / nouilles de riz
  27. 26marsBonbons textiles / cabine téléphonique / mains noires de terre
  28. 19marsVoie lactée / jeune pousse de radis / perfection devenue banale
  29. 15marsApnée espiègle / congère de sable / nonchalance léopard
  30. 6marsDéception guccienne / danse lente / générosité cérébrale
  31. 27févr.Pieuvre interne / héritage ambivalent / sobriété amère
  32. 20févr.Puzzles vestimentaires / pragmatisme asphyxiant / machine à remonter le temps
  33. 13févr.IA sensible / chat moelleux / curry fédérateur
  34. 6févr.Divorce hypoglycémique / mensonge enneigé / valise minimaliste
  35. 29janv.Routine matinale / Dior incarné / Oreos gobés
  36. 23janv.Téléphone désactivé / backstage révélateur / wellness anxiogène
  37. 16janv.Conjonctivite salvatrice / IA terrifiante / sashiko réparateur
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