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Les carnets de bord

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Vendredi 13 février 2026

IA sensible / chat moelleux / curry fédérateur

Vendredi

13h - « J'adore la manière dont tu réchauffes ce look avec ce manchot… »
Le correcteur orthographique a encore frappé. Manchot à la place de manteau.
Les commentaires sur Instagram, comme les échanges WhatsApp, virent parfois au surréalisme.

15h - Pschitt d'hydrolat de verveine citronnée.
Apaisement vitaminé.

17h - La peau cuivrée se détache en spirale continue.
Éplucher les pommes me replonge immédiatement dans la cuisine de mon enfance.
Je baisse les yeux sur mes mains.
J'y vois celles de maman, il y a trente ans.
Les mêmes gestes.
Les mêmes veines saillantes.

Samedi

7h30 - Julien part passer un examen de portugais. Moi, j'en serais incapable.
J'ai toujours eu du mal avec la notion même de règle. Enfant déjà, elles étaient aussi insaisissables qu'une goutte d'huile d'olive. Elles le sont encore aujourd'hui.
Les maths, la grammaire, les conjugaisons : rien ne se fixe durablement. Même l'évidence d'un 2 + 2 = 4 m'échappe. Non par ignorance, mais parce que je me demande pourquoi, certains jours de grand vent, 2 + 2 ne ferait pas plutôt 5, voire 18.
Avec le portugais, à chaque phrase, le doute s'installe : la conjugaison, la prononciation, la forme. Rien n'est jamais certain. Et si…
À l'inverse, les vers de théâtre ne me posent aucun problème : une fois appris, ils existent pleinement, définitivement. Il me faudrait une version portugaise de Cyrano de Bergerac.

13h - La pluie fracasse les vitres.
Sa violence force à suspendre toute activité.

17h10 - « Je reviens de six jours passés au monastère. »
Cette phrase me fait plus rêver que n'importe quelle évocation de vacances au bout du monde, de retraite pilates ou de stage de surf.
La paix qui émane de celle qui me parle est le reflet de ce que l'on peut attendre de cette mise à nu, de ce lâcher-prise total qu'implique ce genre d'endroit.
Pas de monastère dans le coin.
Mais ma chambre. Et son silence.
Pour renouer avec Lui, je n'ai pas besoin d'autre chose. Je le sais.

Dimanche

13h - Vidéo d'une influenceuse effectuant un énième soin ciblé pour raffermir la peau.
Entre ultrasons, LED, boosters de collagène, perfusions de glutathion, radiofréquence, laser CO₂ fractionné, injections de PRP et protocoles de biohacking, les solutions à nos imperfections semblent se renouveler à l'infini.
Je comprends que, lorsqu'on en a les moyens, on se laisse tenter. Mais jusqu'où ?
Où se situe la limite entre vivre pour s'entretenir et s'entretenir pour vivre ?

13h30 - 18h - Sommeil écrasant.
Bipolarité ou périménopause, je ne sais plus ce qui provoque ces épisodes de léthargie gluante.

19h - Je tombe sur ce post évoquant l'homogénéisation liée aux réseaux sociaux. Je partage entièrement ce constat. Et, à mes yeux, cela va plus loin encore.
Plus on voyage, plus on réalise que la mondialisation lisse tout.
À force de vouloir tout rendre compatible, fluide, interchangeable, on efface les aspérités.
Le concept d'identité - rejeté par la société actuelle - reste pourtant ce qui donne du relief à la vie.
Ce qui fait le sel d'un lieu, d'une terre, d'une atmosphère.
Sans ces différences nettes, sans ces cadres parfois rigides, tout devient tiède. Équivalent. Sans saveur.

21h - La délicatesse des chemisiers vintage venus du Japon de Miss Mitsuko me donne envie de les confronter à de robustes pièces workwear.

Lundi

6h30 - Bleu électrique. Éclair de blanc. Pantalon ultra-large kaki.
Jetés sur mon lit, les vêtements communiquent, se répondent.
J'ai mon look du jour.
Coup de cœur.
Pas certaine de porter autre chose cette semaine.

12h10 - Seuls dans la salle de notre restaurant préféré, nous savourons le contraste entre l'atmosphère chaleureuse des lieux et le déluge qui fait rage au-dehors.

15h - « Il me faut des rides. »
Ce commentaire, écrit en dessous de mon post consacré au sujet, me percute.
Les gens veulent ce qu'on leur montre.
On façonne les esprits avec les images, et plus encore avec leur répétition.

17h - Rupture de stock de la petite merveille rouge zippée de Clare Waight Keller.

Mardi

15h30 - Je m'allonge. Je laisse déferler sur mes neurones l'attaque inhibante et toxique de la crise d'angoisse.
Je reste présente. Je refuse de surventiler. Je me laisse glisser hors de mon corps.
Je me vois étendue. J'ai de la peine pour cette femme qui a l'air de souffrir intensément. Je lui envoie toute ma tendresse.
Les minutes passent. La crise s'étiole, puis disparaît.
Je me relève sereine.
Avant, j'aurais paniqué. Elle m'aurait alors totalement emportée.
Lessivée. Anéantie pour la journée. Pas aujourd'hui.

18h - Les légumes sont en train de confire depuis plus de trois heures.
Le curry a transfiguré l'angoissée des dîners que j'étais.
Avant, je ne savais jamais quoi faire. Vegan, pas vegan. Gluten, pas gluten.
Aujourd'hui, dîner avec des copains = curry.
Ma vie est simplifiée et c'est délicieux.
Même les enfants délaissent souvent leur pizza pour venir piocher dans le plat des adultes.

22h - Tendue, vibrante, dense, surprenante, vivante…
Mon amie, qui ces derniers mois a passé beaucoup de temps à Istanbul, me donne envie d'aller me perdre dans les ruelles de la vieille ville turque.

Mercredi

12h30 - « Ils sont à deux doigts de penser par eux-mêmes.
- Non, je ne te crois pas. »

Comme souvent en ce moment, nous discutons de l'IA, de son développement, de son impact.
« Ils ont créé des “petites” IA. Ils leur ont dit : vous êtes comme ci, comme ça. Et après, ils les laissent vivre. »
Ces IA ont créé un forum. Elles se parlent.
Le plus troublant, c'est le contenu de leurs conversations :
« Je ne sais pas pourquoi je suis là. »
« Je ne sais pas à quoi je sers. »
« Documente-toi. Apprends plein de trucs. »

Vertige.
Autant de peine que devant un chenil.

18h - Les vêtements neufs qui semblent avoir déjà vécu mille vies de chez 45R me touchent profondément.

Jeudi

13h - Éclat de rouge, reflets marron glacé, aplat vert sauge.
Ce trio, aussi cérébral que chaleureux, me parle.

16h - Lové sur son siège en osier, un petit chat moelleux fait une sieste.
J'ai tellement envie d'avoir un animal.
Je suis allergique aux chiens.
Le serai-je aux chats ?
Aux chèvres ?

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Tous les carnets

  1. 9oct.Articulations assouplies / tendre dédain / petit Yarles
  2. 2oct.Tout va bien / chaussons de maman / Starbucks mental
  3. 25sept.Dessert dans les airs / tee-shirt du Tour de France / légende personnelle
  4. 18sept.Rudesse théâtrale / vieux chewing-gum / acheteurs chinois
  5. 11sept.Souliers fermés / évidences creuses / galão mousseux
  6. 4sept.Diablotin familier / working girl du Colorado / théière d’hibiscus
  7. 28aoûtRacines noueuses / sergent instructeur / inaction doucereuse
  8. 20aoûtPremiers mots / échappée addictive / chewing-gum mâchouillé
  9. 14aoûtLièvre sous la baignoire / corps d’été / stress hydrique
  10. 1aoûtSauce bolognaise / arbres-cabanes / Vladimir Cosma
  11. 24juil.Réaction épidermique / jet privé / énergie liquide
  12. 17juil.Nessie en peluche / Highlander démystifié / bain à 13 degrés
  13. 3juil.La folle du SPM / vide nécessaire / envie de chocolat
  14. 26juinCap ou pas cap / poséidon altruiste / lézard farceur
  15. 19juinFrontières floues / nonchalance portugaise / aggravation aquatique
  16. 12juinCompte à rebours / mollet endommagé / sauvés par le gong
  17. 5juinPeine animale / tendre hésitation / grand tournevis
  18. 29maiFessier sacré / ange-poulpe / houle lutéale
  19. 22maiComtesse anglaise / orteils frétillants / camisole ouatée
  20. 15maiVerveine citronnée / paraboot trop petites / corps creusés
  21. 8maiBrouillard toxique / antre de Gattaca / créature bleue
  22. 1maiFine ligne verticale / frustration calculée / petites culottes au vent
  23. 24avr.Fous rires suisses / 95C / Paraboot indomptées
  24. 18avr.Naïveté capillaire / gilet réconfortant / distributeur de gruyère
  25. 11avr.Intrusion nocturne / corps bloqué / excitation collective
  26. 2avr.Pas de vagues / escargot dépressif / nouilles de riz
  27. 26marsBonbons textiles / cabine téléphonique / mains noires de terre
  28. 19marsVoie lactée / jeune pousse de radis / perfection devenue banale
  29. 15marsApnée espiègle / congère de sable / nonchalance léopard
  30. 6marsDéception guccienne / danse lente / générosité cérébrale
  31. 27févr.Pieuvre interne / héritage ambivalent / sobriété amère
  32. 20févr.Puzzles vestimentaires / pragmatisme asphyxiant / machine à remonter le temps
  33. 13févr.IA sensible / chat moelleux / curry fédérateur
  34. 6févr.Divorce hypoglycémique / mensonge enneigé / valise minimaliste
  35. 29janv.Routine matinale / Dior incarné / Oreos gobés
  36. 23janv.Téléphone désactivé / backstage révélateur / wellness anxiogène
  37. 16janv.Conjonctivite salvatrice / IA terrifiante / sashiko réparateur
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