Les carnets de bord

Vendredi 6 mars 2026

Déception guccienne / danse lente / générosité cérébrale

Vendredi

16h - Courteney Cox ? Non. Trinity ? Non. Ah, Demi Moore ! L'actrice vient d'arriver au défilé Gucci. Le visage plus lisse qu'une poupée de cire, la silhouette plus émaciée que celle d'une adolescente, elle apparaît aussi fière que fragile (voir ici et là). La veille, c'était Jim Carrey que j'avais eu du mal à reconnaître lors de la cérémonie des César.

18h - Show Gucci. Certains écrivent déjà de jolis mots complaisants sur ce défilé qui me laisse pour ma part perplexe. Cette posture consistant à refuser - notamment par snobisme - de critiquer ce qui le mérite finit selon moi par poser un vrai problème de crédibilité.

21h - Mon estomac est dur comme de la pierre, ma gorge serrée. Le visionnage de la dernière collection de Demna ainsi que l'avalanche de photos et de vidéos de Demi Moore me font picoter les tempes.
La célébration de ce renouveau du corps décharné laisse entendre que tout cela est acceptable. Acceptable d'être dans l'hyper-contrôle. Acceptable de détourner des médicaments pour ronger la moindre particule de graisse.
Après vingt ans passés à détricoter ce processus vaniteux et maladif, j'ai l'impression d'être dans un cauchemar.
Mon cœur bat trop vite. En passant à l'Ozempic, le monde de la mode est devenu pour moi aussi toxique que de l'arsenic.

Samedi

5h - Le poids ressenti hier n'a fait que s'accentuer. La nuit n'a rien soulagé. Les images se sont ajoutées à l'angoisse provoquée par les douleurs que je ressens dans mon corps en ce moment - genoux, épaules, cou, coudes - et à celle suscitée par la situation géopolitique. Je sens que ne vais pas pouvoir fonctionner aujourd'hui.
Argh, on est samedi. Il faut que je sois opérationnelle pour Charles. Je ne vais pas y arriver.
Je ne veux pas aller méditer. Cela ne changera rien. Et il y a trop de vent dehors.
Une fois de plus, comme souvent ces derniers temps, les larmes coulent sur mon visage.
Je me lève. Pas le choix. J'enfile un gros pull, saisis quelques plaids et ouvre la porte.
Je m'assois en plein vent. Je ferme les yeux.

16h - « Ça brûle en face de chez nous ». Les vidéos que nous envoie notre ami vivant à Dubaï ont quelque chose de surréaliste.

17h - Louise Trotter chez Bottega Veneta. C'est cérébral et, en même temps, généreux. Ce n'est pas vraiment portable et pourtant on a envie de le porter (voir ici, ici et ).

17h15 - Le pantalon d'Aladdin fait école chez Moschino.

19h - Discussion avec un ami insider à propos de Gucci. Personnellement, je ne vois que l'énergie négative du show. Lui me décrypte la stratégie de Demna. Son approche est totalement dépassionnée, ce que je n'arrive pas à faire lorsqu'il s'agit de ce créateur.
« Il repose les bases. En septembre, il entrera dans le vif du sujet. »

21h - Dîner en plein air. Nos plats refroidissent presque plus vite que nous.

Dimanche

6h30 - Promenade matinale. Je gravis la côte sans y penser. La pizza que j'ai mangée hier soir agirait-elle comme un carburant magique ?

8h30 - Elle est étrange, cette femme... Juste assez pour que je perçoive qu'elle n'est pas réelle. Dans les commentaires, 99% des gens ne semblent pas s'en rendre compte. Cette confusion me glace.

Lundi

9h30 - Commande d'engobes pour mes sculptures. Anticiper, visualiser… et se laisser guider. L'une des teintes désirées est en rupture de stock. Je décide d'en apprivoiser une autre. Qui sait ce qui naîtra de cette contrainte ? Un nouveau pelage ? Une nouvelle émotion chromatique ?

10h - Overdose de mon smoothie banane / myrtille / spiruline / algues / poudre de blé d'orge. Beurk.

16h - Papa m'écrit : « Lise, j'ai vendu trois assiettes ! ». Il est tout heureux d'avoir été cité dans la dernière newsletter de Marie Courroy, où elle m'a invitée à évoquer vingt lieux et objets coup de cœur.
Trois assiettes, c'est bien, évidemment. Quatre bols au marché le week-end dernier, c'est bien aussi. Mais lorsque je vois le temps investi, je me dis que la vie d'artisan est vraiment rude.

17h - Quels que soient les vêtements qu'elle porte, Victoria Beckham ne semble jamais à l'aise.

20h30 - Je termine la sauce aux pruneaux. J'ai faim. J'ai envie de pain, de pâtes.
Je sais que si je ne satisfais pas cette faim, je vais avoir dans quelques heures des pulsions sucrées bien plus problématiques qu'une grande assiette de coquillettes au beurre ou que deux gros morceaux de pain.

Mardi

6h - J'ai l'impression que mes articulations sont grippées. Me déplier ce matin a été laborieux.
J'hésite à aller me recoucher. Je sais cependant que, contrairement à ce que mon cerveau me susurre (« Va t'allonger dans ton lit encore chaud… »), mon corps a besoin d'entrer doucement en mouvement.
Je déroule le tapis de yoga. Je respire. J'abaisse les épaules, fais osciller mon bassin.
Ni yoga, ni pilates… juste une danse lente et silencieuse.

10h30 - Une idée de sculpture surgit dans ma tête. Il y a encore quelques heures, je pensais que c'était fini, que je n'aurais plus d'inspiration.
Je connais pourtant le processus par cœur : idée -> fabrication -> finition -> pièce finie -> satisfaction -> doute -> désert… puis nouvelle idée.

14h - Je reçois un pantalon léopard venu des États-Unis, en XS. D'ordinaire, je prends toujours plus grand, parfois vraiment trop grand. Je ne veux plus jamais porter quelque chose de trop petit. Je sais que cela risque de me reconnecter à cette courte phase de boulimie post-anorexie où je ne fermais plus mes pantalons.
Cette fois-ci cependant, j'ai regardé les tailles attentivement. J'avais envie de le porter sans ceinture. J'ai lu les commentaires sur le “sizing” de la marque. À en croire les avis et la grille de mesures du site, il me fallait un XS.
Ok, le XS me va (ils taillent grand), mais il n'a pas du tout la dégaine que je veux. C'est trop sage.
Cela confirme ce que je savais déjà : les pantalons, pour moi, c'est deux tailles au-dessus de ma taille réelle. Sinon, je m'ennuie.

17h - Je ne pensais pas que l'on pouvait faire plus anxiogène, morbide et écœurant qu'un défilé Rick Owens. Je me trompais.
Matières Fécales - le nom de la marque suffit à me provoquer un fou rire nerveux - l'a fait.
Et peu importe si les coupes se révèlent parfois intéressantes : je refuse cette esthétique aux allures de messe noire pour démons mondains.

Mercredi

7h30 - Je jette un œil sur la webcam de la plage où j'aimerais aller surfer. Les vagues continuent de casser trop vite. Pas un surfeur n'arrive à en prendre une belle.
Avant, j'y serais allée quand même. Désormais, je ne veux plus être dans l'eau juste pour être dans l'eau, me faire brasser, m'épuiser pour rien.
Je n'ai rien à prouver à personne. Et surtout pas à moi-même. J'en ai fini avec le “surf-torture” et le “surf-dépense de calories”.

10h - Trop de défilés, trop d'images.

21h30 - Je termine “Impératrice de Chine”. Mon quatrième Pearl Buck en 10 jours.

Jeudi

7h - Œil droit gonflé. Cela faisait longtemps… Je sais que cela va durer quelques jours. Cela veut dire pas de vidéo demain.

8h - « Julien, je ne peux pas filmer demain. »
- « Sérieux ? Ce n'est pas bon pour YouTube quand on ne poste pas régulièrement… »
- « Je ne filme pas avec un œil gonflé. Déjà que j'ai énormément de mal à me voir en vidéo. »
- « … Mince, ça tombe mal. »
- « Ben oui. C'est la vie, que veux-tu que je te dise ? Tu veux que je me la joue à la Macron ? »

14h - Défilé Chloé. C'est beau. Parfois étrange, parfois pas entièrement seyant dans les proportions. Mais Chemena Kamali tente des choses. Il y a de la vie, de la matière, de la couleur et de la légèreté.

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