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Les carnets de bord

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Jeudi 26 mars 2026

Bonbons textiles / cabine téléphonique / mains noires de terre

Vendredi

8h45 - La profonde rigole qui longe le chemin déborde. Les pluies ont encore été torrentielles cette nuit. Après quelques secondes d'observation, nous comprenons qu'un amas de feuilles mortes, de pierres et de boue en bloque l'écoulement. Sans même nous consulter, nous commençons à déblayer. Cinq minutes plus tard, l'eau retrouve sa course. Nos mains sont noires de terre, mais le plaisir de l'entendre filer est délicieux.

12h45 - En ce moment, je suis en pleine phase de test de tartes au citron. Je croque dans celle, sublime, de chez Coolares. Mmmh… dommage, la meringue n'est pas assez moelleuse. Celle du Moinho, goûtée il y a une semaine, a quant à elle une pâte trop dense. Et la mienne reste trop chiche en garniture. À suivre...

13h01 - Pantalon très large mais bien coupé, blouse en dentelle ultra-fine, sandales en cuir toutes simples, longs cheveux retenus à la va-vite, sourire naturel, mains fines, montre masculine… Dès son entrée, je n'ai vu qu'elle. Au moment de partir, elle vient me dire qu'elle adore ma veste. Je rougis comme une gamine de 5 ans.

19h - Vols en série de colis déposés par les livreurs en l'absence des habitants. Les voleurs ont oublié l'existence de caméras. Sur le groupe du village, les vidéos affluent. L'homme en question fait son shopping avec un calme affolant.

Samedi

7h30 - La cabine téléphonique, les pieds nus, la pose nonchalante sur un vélo inconfortable mais pratique… Tout, dans cette photo que j'ai sélectionnée pour notre section Brèves, m'appelle.
Le confort est notre pire ennemi. La voiture plutôt que le vélo, le portable plutôt que la recherche d'une cabine téléphonique… À force de nous protéger de l'imprévu, il finit par aseptiser nos vies. Peut-on encore faire marche arrière ?

10h30 - Le printemps arrive et j'ai envie d'hiberner. Vive le SPM…

22h13 - 4e épisode de la série Love & Death. Elizabeth Olsen ressemble beaucoup à Kate et Ashley, pourtant, elle dégage une présence qui n'appartient qu'à elle. En l'observant, je comprends enfin le concept de ressemblance, celui qui me mettait si mal à l'aise adolescente lorsqu'on me disait que je ressemblais beaucoup à telle ou telle de mes sœurs. J'avais l'impression qu'on effaçait ce qui faisait ma singularité. Aujourd'hui, je comprends qu'on peut beaucoup se ressembler tout en restant profondément distinctes.

Dimanche

8h30 - Après quelques grosses frayeurs récentes en surf, j'ai décidé de reprendre des cours. On m'a recommandé plusieurs profs. Je vais tous les tester. Ce matin, premier essai avec un petit groupe de quatre. Une fois tous au large, je réalise que le prof pousse les élèves : ils n'ont pas besoin de ramer, il leur donne la vitesse nécessaire pour prendre la vague sans effort.
Bon… ce n'est pas comme cela qu'ils progresseront. Alors que je tente de prendre une vague un peu grosse, j'entends “let's go !” et je sens une forte poussée à l'arrière de ma planche. Deux secondes plus tard, je suis sur la vague. Seule, je pense que je n'aurais pas réussi à la prendre : elle était trop “fat”. Je la surfe longtemps. J'ai l'impression d'être à Disneyland, une sorte de Space Mountain du surf. C'est drôle, mais je ne renouvellerai pas l'expérience. Le surf, c'est un tout : l'effort du paddling, la lecture des vagues, puis la récompense de les surfer. Sans les deux premières étapes, la dernière n'a plus la même saveur.

12h45 - Déjeuner sur la terrasse, accompagné d'un concerto en do majeur interprété par les oiseaux alentour.

14h34 - Coup de fil avec mon amie, directrice de la communication d'une grande marque de cosmétiques. Sa vie est un tourbillon : voyages incessants, découvertes permanentes, rythme effréné. Avant, je l'aurais terriblement enviée. Aujourd'hui, je sais que ce tempo n'est pas le mien. C'est bon de se connaître : cela évite de convoiter stérilement la vie des autres.

Lundi

6h - Je mets un point final à mon article sur l'IA. Je me demande comment il sera reçu.

7h10 - Je prépare le petit déjeuner dans une maison remplie de notes de musique. Charles joue du piano de plus en plus souvent, et de mieux en mieux. Son nouveau professeur a réussi à allumer en lui la flamme de l'envie. Depuis, il éclot. La joie de jouer a remplacé l'obligation de s'entraîner. Cela change tout.

9h45 - Texturées, colorées, les créations de Nadia Dafri correspondent si bien à mon envie du moment de bonbons textiles que cela en est troublant. Cela fait quelque temps que je cherche un sac ou, plus exactement, une pochette capable de dynamiser mes looks casual masculins. Je pense avoir enfin trouvé. Reste à choisir… (voir ici et là)

Mardi

3h - Insomnie. Je termine Raising Hare. Je n'aurais jamais cru qu'un livre consacré à un lièvre puisse à ce point me happer. Mais c'est le propre des bons écrivains et des bons réalisateurs : peu importe le sujet, dès lors qu'il est bien raconté ou bien mis en scène.

6h15 - Je saute dans l'Uber qui m'attend depuis cinq minutes. Ce matin, je rejoins un nouveau groupe de surf pour une session au lever du soleil. J'ai le cœur serré à l'idée de ne pas être là pour le réveil de Charles.

8h - La Franco-Italienne du groupe, botaniste de profession, surfe avec une telle fluidité que j'en rate une vague en la regardant. Et pourtant, elle ne s'y est mise qu'il y a un an. Certaines personnes ont une grâce innée. C'est magnifique à observer.

Mercredi

15h50 - Samedi, nous recevons un petit copain dont la vie n'a pas grand-chose à voir avec la nôtre : virées au cinéma offertes à des groupes de dix copains, jeux collectifs à la pointe de la technologie, voyages réguliers à Dubaï ou à Zermatt. Avec Charles, nous passons quelques minutes à nous demander comment être à la hauteur. Puis nous comprenons que ce n'est pas le sujet. Cet enfant ne vient pas ici pour retrouver chez nous ce qu'il a déjà ailleurs - enfin, j'espère. Alors on prépare un programme qui nous ressemble : chasse au trésor dans le jardin, gâteau inventé avec permission de s'en mettre partout, puis cabane dans les arbres.

17h - Un robot-professeur : le futur des salles de classe ? Il y a quelque chose de barbare à nier notre besoin viscéral d'humanité.

17h20 - Pour contrebalancer l'angoisse générée par ce genre d'informations, je me plonge dans le travail d'artisans et d'artistes qui insufflent de l'émotion à la matière. Les broderies d'Irene Saputra, les théières de Simon Manoha, les singes de Nichola Theakston, les bleus d'Hervé Daubresse, les chandeliers de Susan Nemeth…

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Tous les carnets

  1. 9oct.Articulations assouplies / tendre dédain / petit Yarles
  2. 2oct.Tout va bien / chaussons de maman / Starbucks mental
  3. 25sept.Dessert dans les airs / tee-shirt du Tour de France / légende personnelle
  4. 18sept.Rudesse théâtrale / vieux chewing-gum / acheteurs chinois
  5. 11sept.Souliers fermés / évidences creuses / galão mousseux
  6. 4sept.Diablotin familier / working girl du Colorado / théière d’hibiscus
  7. 28aoûtRacines noueuses / sergent instructeur / inaction doucereuse
  8. 20aoûtPremiers mots / échappée addictive / chewing-gum mâchouillé
  9. 14aoûtLièvre sous la baignoire / corps d’été / stress hydrique
  10. 1aoûtSauce bolognaise / arbres-cabanes / Vladimir Cosma
  11. 24juil.Réaction épidermique / jet privé / énergie liquide
  12. 17juil.Nessie en peluche / Highlander démystifié / bain à 13 degrés
  13. 3juil.La folle du SPM / vide nécessaire / envie de chocolat
  14. 26juinCap ou pas cap / poséidon altruiste / lézard farceur
  15. 19juinFrontières floues / nonchalance portugaise / aggravation aquatique
  16. 12juinCompte à rebours / mollet endommagé / sauvés par le gong
  17. 5juinPeine animale / tendre hésitation / grand tournevis
  18. 29maiFessier sacré / ange-poulpe / houle lutéale
  19. 22maiComtesse anglaise / orteils frétillants / camisole ouatée
  20. 15maiVerveine citronnée / paraboot trop petites / corps creusés
  21. 8maiBrouillard toxique / antre de Gattaca / créature bleue
  22. 1maiFine ligne verticale / frustration calculée / petites culottes au vent
  23. 24avr.Fous rires suisses / 95C / Paraboot indomptées
  24. 18avr.Naïveté capillaire / gilet réconfortant / distributeur de gruyère
  25. 11avr.Intrusion nocturne / corps bloqué / excitation collective
  26. 2avr.Pas de vagues / escargot dépressif / nouilles de riz
  27. 26marsBonbons textiles / cabine téléphonique / mains noires de terre
  28. 19marsVoie lactée / jeune pousse de radis / perfection devenue banale
  29. 15marsApnée espiègle / congère de sable / nonchalance léopard
  30. 6marsDéception guccienne / danse lente / générosité cérébrale
  31. 27févr.Pieuvre interne / héritage ambivalent / sobriété amère
  32. 20févr.Puzzles vestimentaires / pragmatisme asphyxiant / machine à remonter le temps
  33. 13févr.IA sensible / chat moelleux / curry fédérateur
  34. 6févr.Divorce hypoglycémique / mensonge enneigé / valise minimaliste
  35. 29janv.Routine matinale / Dior incarné / Oreos gobés
  36. 23janv.Téléphone désactivé / backstage révélateur / wellness anxiogène
  37. 16janv.Conjonctivite salvatrice / IA terrifiante / sashiko réparateur
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