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Les carnets de bord

Chaque vendredi, Lise raconte sa semaine dans la newsletter. Ses carnets paraissent ici une semaine plus tard.

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Vendredi 20 février 2026

Puzzles vestimentaires / pragmatisme asphyxiant / machine à remonter le temps

Vendredi

13h - “OkjeviensderéaliserquenousnepourronspasnousvoirauxvacancesdePâques…”
Écouter les notes vocales en accéléré modifie ma façon d'y faire face.
En vitesse rapide, la voix perd ses effets, ses soupirs, ses tensions. En quelques secondes, je comprends la nature du problème - ou son absence.
Si nécessaire, je repasse en x1,5. Si cela se justifie vraiment, en x1.

16h - Charles monte seul son premier meuble IKEA. Douze ans. Un pas de plus vers l'autonomie.
Un petit bureau, glissé entre les deux nôtres. Indépendant, oui. Mais notre présence reste encore son point d'ancrage.

Samedi

7h - Je déguste ma première tasse de sobacha. Trouver une alternative au café est un job à plein temps.

13h - Je croise une paire de lunettes, fusion d'ovales et de rectangles, posée sur le nez d'une rousse pétillante.
Et si je m'autorisais enfin à envisager les lunettes de vue non comme une contrainte, mais comme un manifeste ?
Je traîne les miennes depuis plus de vingt-deux ans. Je les enfile par dépit, quand mes lentilles deviennent insupportables ou que mes yeux sont trop secs.
Si elles devenaient un accessoire à part entière, je pourrais enfin les porter par choix, non par nécessité.
Celles de chez Gamine NY pourraient me transformer en version 2.0 de Sophie Marceau passant l'agrég dans L'Étudiante. J'aime l'idée.

14h - Margot Robbie en Catherine, Jacob Elordi en Heathcliff… Cela sent la romance hollywoodienne à plein nez.
Je doute que l'adaptation des Hauts de Hurlevent par Emerald Fennell parvienne à illustrer la vraie nature de leur lien, qui n'a - à mes yeux - rien d'une passion romantique, mais tout d'une attraction brute, presque sauvage.
Ils ne s'aiment pas au sens classique du terme. Ils se reconnaissent en l'autre.
Je n'irai pas voir le film. Je refuse que l'imaginaire d'un autre parasite le mien lorsqu'il s'agit d'un de mes livres préférés.

15h - Je ne pensais pas que jaune citron et beige sable pouvaient fonctionner ensemble. J'avais tort.

Dimanche

14h - Je sélectionne mes graines de pastèque, de romarin, de courgette et de poireau. Je remplis mes pots d'un mélange de terre et de fumier de cheval composté.
J'hésite sur la profondeur à laquelle enfoncer les graines de pastèque. Pas de livre de jardinage. J'interroge ChatGPT. La réponse arrive en quelques secondes, avec des conseils en prime.
Le futur : les mains dans la terre, guidées par une IA ?

Lundi

5h30 - Bonjour les geckos, salut les souris. Je préfère signaler ma présence plutôt que d'être surprise par l'un d'eux à un moment délicat.
Je saisis la poignée du four. J'inspire. Mes sculptures ont tendance à éclater à la cuisson.
J'ouvre. Joie : tout est intact.

7h - Je termine mon article sur le dress code. Je m'interroge : lorsque je propose une silhouette issue d'un défilé comme source d'inspiration, celles et ceux qui me liront sauront-ils faire la part des choses entre ce qui tient du show et l'ADN du combo ?

9h - Pamela Anderson, nouvelle coiffure. Cette femme me fascine : sans forcément se réinventer, elle crée l'événement à chaque apparition, de façon inattendue, tout en restant fidèle à l'image qu'elle incarne depuis quelques années. Une évolution d'une telle cohérence qu'elle semble presque orchestrée.

Mardi

9h - « Tu as bonne mine en ce moment ». Onzième message de cette teneur en quelques jours. Et pourtant, pas une once de soleil depuis trois mois.
Je teste depuis une semaine la crème Weekend Skin (lien non sponsorisé). Moi qui déteste les produits teintés - toujours la crainte qu'ils boulochent ou marquent les pores - celui-ci me bluffe par sa fluidité et le naturel du résultat.

10h30 - Bensimon en redressement judiciaire.
En une fraction de seconde, les souvenirs se mettent à défiler dans ma tête. Le caoutchouc mal coupé au bout de la chaussure. Une nouvelle paire chaque été. Les élastiques plutôt que les lacets. La couleur qui évolue au fil des semaines.
Mon premier basique.
Abandon à contrecœur, à 12 ans, lorsque je réalise qu'elles accentuent mon 38.

Mercredi

10h - La brume lèche les abords de mon café préféré. Près de la cheminée, mon amie réchauffe ses mains autour d'une généreuse tasse de thé.
Elle porte un pull que j'ai cessé de mettre. Je l'adore, mais il brouille mon teint ; c'était criant dans l'une de mes vidéos. Sur elle, il rayonne.

15h - Comment expliquer à la coiffeuse que je ne veux plus décolorer mes longueurs (trop abîmées), que je souhaite une repousse naturelle, sans démarcation, mais avec plus d'éclat sur l'ensemble, que j'aimerais que mes cheveux blancs soient moins visibles sans pour autant être masqués complètement, que je ne veux pas couper - ou à peine ?
Il est temps de sortir le traducteur : mon portugais est trop rudimentaire pour gérer ce genre de situation.
À vrai dire, même en français, j'aurais du mal à me faire comprendre. Dès qu'il s'agit de cheveux, mon cerveau ralentit dangereusement.

15h15 - Oups. Mon rendez-vous était en fait… hier.

17h - Dans la prairie à 400 mètres de chez nous, deux agneaux sont nés. Deux peluches élancées et douillettes.
Avec Charles, on les contemple. On rêve d'en adopter un. Puis on regarde leurs aînés et l'on réalise qu'à moins de suspendre le temps, la réalité ne jouera pas en notre faveur : le charme irrésistible du bébé mouton a une date de péremption.

Jeudi

8h10 - « Bom dia ! Oh, but your Pilates class was at 7:10 !»
Mais c'est quoi mon problème en ce moment ?

9h - Un pull bleu qui me rappelle l'océan, un jean posé sur mes hanches, une ceinture fauve, du blanc pour accrocher la lumière.
Depuis quelque temps, je retrouve le plaisir de composer mes tenues le matin. Ces dernières années, j'avais laissé mon mode de vie grignoter mes envies stylistiques.
Mes looks n'étaient plus le prolongement de mon humeur, mais celui d'un pragmatisme asphyxiant.
Désormais, j'achète un peu plus. Il me faut de la matière pour mes puzzles vestimentaires. J'associe, je tente, je photographie.
Peu à peu, ma bibliothèque de silhouettes s'étoffe. Je la consulte à tête reposée afin d'observer les couleurs qui me mettent en valeur, les coupes qui racontent une histoire, les mix qui ont du caractère. Comme si j'analysais un tableau au musée.

17h - Citron gourmand.
L'odeur du shampoing que m'applique la coiffeuse me renvoie dix-huit ans en arrière. Tendances de Mode a un an et demi. Nous commençons à sortir de nos angoisses financières.
Je suis chez le coiffeur. Il utilise un soin au citron qui sent divinement bon. J'hésite, puis j'ose :
- Vous le vendez ?
- Oui.
- Je vais en prendre un flacon.

En longeant le Rhône sur le chemin du retour, j'oscille entre la culpabilité d'avoir dépensé de l'argent pour quelque chose de superficiel et la joie d'avoir, dans mon sac, un concentré d'agrumes capable de détendre mes synapses en quelques secondes.
Les odeurs sont ma machine à remonter le temps.

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Tous les carnets

  1. 9oct.Articulations assouplies / tendre dédain / petit Yarles
  2. 2oct.Tout va bien / chaussons de maman / Starbucks mental
  3. 25sept.Dessert dans les airs / tee-shirt du Tour de France / légende personnelle
  4. 18sept.Rudesse théâtrale / vieux chewing-gum / acheteurs chinois
  5. 11sept.Souliers fermés / évidences creuses / galão mousseux
  6. 4sept.Diablotin familier / working girl du Colorado / théière d’hibiscus
  7. 28aoûtRacines noueuses / sergent instructeur / inaction doucereuse
  8. 20aoûtPremiers mots / échappée addictive / chewing-gum mâchouillé
  9. 14aoûtLièvre sous la baignoire / corps d’été / stress hydrique
  10. 1aoûtSauce bolognaise / arbres-cabanes / Vladimir Cosma
  11. 24juil.Réaction épidermique / jet privé / énergie liquide
  12. 17juil.Nessie en peluche / Highlander démystifié / bain à 13 degrés
  13. 3juil.La folle du SPM / vide nécessaire / envie de chocolat
  14. 26juinCap ou pas cap / poséidon altruiste / lézard farceur
  15. 19juinFrontières floues / nonchalance portugaise / aggravation aquatique
  16. 12juinCompte à rebours / mollet endommagé / sauvés par le gong
  17. 5juinPeine animale / tendre hésitation / grand tournevis
  18. 29maiFessier sacré / ange-poulpe / houle lutéale
  19. 22maiComtesse anglaise / orteils frétillants / camisole ouatée
  20. 15maiVerveine citronnée / paraboot trop petites / corps creusés
  21. 8maiBrouillard toxique / antre de Gattaca / créature bleue
  22. 1maiFine ligne verticale / frustration calculée / petites culottes au vent
  23. 24avr.Fous rires suisses / 95C / Paraboot indomptées
  24. 18avr.Naïveté capillaire / gilet réconfortant / distributeur de gruyère
  25. 11avr.Intrusion nocturne / corps bloqué / excitation collective
  26. 2avr.Pas de vagues / escargot dépressif / nouilles de riz
  27. 26marsBonbons textiles / cabine téléphonique / mains noires de terre
  28. 19marsVoie lactée / jeune pousse de radis / perfection devenue banale
  29. 15marsApnée espiègle / congère de sable / nonchalance léopard
  30. 6marsDéception guccienne / danse lente / générosité cérébrale
  31. 27févr.Pieuvre interne / héritage ambivalent / sobriété amère
  32. 20févr.Puzzles vestimentaires / pragmatisme asphyxiant / machine à remonter le temps
  33. 13févr.IA sensible / chat moelleux / curry fédérateur
  34. 6févr.Divorce hypoglycémique / mensonge enneigé / valise minimaliste
  35. 29janv.Routine matinale / Dior incarné / Oreos gobés
  36. 23janv.Téléphone désactivé / backstage révélateur / wellness anxiogène
  37. 16janv.Conjonctivite salvatrice / IA terrifiante / sashiko réparateur
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